Jean-Louis, ancien docker aveugle de Sète, renaît grâce à la danse libre
Ancien docker aveugle, il renaît par la danse libre

Jean-Louis, ancien docker de Sète, renaît grâce à la danse libre après un accident tragique

À chaque note de musique, Jean-Louis ne peut s’empêcher de danser. Cet ancien docker du port de Sète, âgé de 61 ans, est devenu un exemple vivant de la manière dont la danse libre peut transformer une vie, notamment pour les personnes en situation de handicap. Aveugle à la suite d’un grave accident survenu en 1993, il s’épanouit désormais dans les cours dispensés par Pamela B. à Montbazin, près de Sète.

Un accident qui a tout changé

Installé dans son spacieux appartement à Frontignan, Jean-Louis Di Franco, surnommé Jean Loulou par ses proches, partage son histoire avec émotion. Après avoir arrêté l’école tôt, il a enchaîné des petits boulots avant de devenir docker comme son père. Le 2 novembre 1993, sa vie bascule lorsqu’une grue le projette par-dessus bord d’un bateau, le faisant chuter de quinze mètres. Trois mois de coma et plus de quinze opérations plus tard, il se réveille avec des blessures graves et la perte totale de la vue.

J’avais des membres cassés de partout, mais surtout j’avais perdu la vue et je devais tout réapprendre, confie-t-il avec un sourire résigné. Les cicatrices sur son corps témoignent des multiples interventions chirurgicales, notamment trois ouvertures du crâne et cinq opérations du genou. Malgré ces épreuves, Jean-Louis garde une envie de vivre indéfectible, affirmant : Je ne sais pas pourquoi, mais ce jour-là je ne devais pas partir.

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La réadaptation et la découverte de la danse

Après l’accident, Jean-Louis passe plusieurs mois chez ses parents et fréquente des centres pour malvoyants pour retrouver son autonomie. Il apprend le braille avec la cousine de Gilbert Montagné, une anecdote qu’il raconte avec fierté. Aujourd’hui, il vit seul, maîtrise son environnement grâce à des outils comme Alexa et un ordinateur, mais ressentait un vide dans son quotidien.

C’est par le biais d’une assistante sociale qu’il découvre un accueil de jour, où il rencontre Pamela, une danseuse professionnelle spécialisée dans la danse libre. Cette pratique, qui n’impose pas de pas spécifiques et valorise l’expression individuelle, séduit immédiatement Jean-Louis. J’étais un peu triste, comme enfermé dans ma propre cage. Je ne sortais plus, avoue-t-il. La danse devient alors une bouffée d’oxygène.

L’inclusion par la danse libre

Pamela, qui intègre des personnes handicapées dans ses cours, voit en Jean-Louis une source d’inspiration. Jean-Louis, je suis très contente de l’avoir rencontré parce qu’il m’apporte une nouvelle approche, celle du regard intérieur. Ce danseur aux yeux fermés, il rend la vue à celui qui le regarde, simplement parce qu’il ose sa singularité, explique-t-elle. Chaque mercredi soir, Jean-Louis et son amie Valéry, également malvoyante, se rendent aux cours à Montbazin.

Lors des séances, le duo suit les consignes avec enthousiasme, créant parfois des situations cocasses, comme lorsqu’ils doivent traverser la salle en diagonale sans repères visuels. Les autres danseurs les guident par des cris ou des applaudissements, illustrant l’esprit de solidarité qui règne. Jean-Louis, passionné de sport comme le vélo et la natation, trouve dans la danse une dimension plus profonde : Je m’éclate. Je ne saurais pas comment vous le décrire mais c’est juste que je m’exprime, j’ai la joie de vivre quand je danse.

Une sensibilité accrue par la cécité

Privé de la vue, Jean-Louis a développé une perception aiguë des émotions d’autrui. Parfois, en dansant avec quelqu’un, je ressens sa joie, sa tristesse ou même sa fatigue, révèle-t-il. Cette empathie le pousse à interagir avec les autres danseurs, les entraînant dans des mouvements rythmés et expressifs. Sa connexion à la musique est palpable, même sans la vision, démontrant que l’art transcende les limites physiques.

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Son histoire met en lumière le pouvoir inclusif de la danse libre, une pratique qui accueille tous les profils, sans jugement. Pour Jean-Louis, c’est bien plus qu’un passe-temps : c’est un moyen de renaissance et d’affirmation de soi, prouvant que même après des traumatismes sévères, il est possible de retrouver le goût de la vie.