Alice Winocour signe un film poignant sur la mode et la maladie
À l'heure où les frontières entre cinéma et mode s'estompent de plus en plus, où les stars hollywoodiennes deviennent les égéries des grandes maisons et où la haute couture investit directement la production cinématographique, le dernier long-métrage d'Alice Winocour, Coutures, arrive avec une pertinence remarquable. La réalisatrice française, déjà reconnue pour ses drames féminins se déroulant dans des milieux clos et contraignants, opère ici une plongée audacieuse dans l'univers très prisé du vêtement de luxe.
Une exploration des mondes parallèles du cinéma et de la mode
Alice Winocour, dont la filmographie comprend des œuvres comme Augustine (2012) sur l'hystérie à la Salpêtrière, Proxima (2019) sur l'entraînement d'une spationaute, et Revoir Paris (2022) sur les survivants d'attentats, aborde cette fois le secteur glamour mais impitoyable de la mode parisienne. Coutures se donne pour mission de représenter le regard du cinéma sur cet autre univers de surfaces et d'images, à la fois proche et radicalement différent.
Le film suit Maxine Walker, une réalisatrice américaine de films d'horreur interprétée par Angelina Jolie, qui débarque à Paris en pleine effervescence de la fashion week. Sa mission : tourner le spot d'ouverture d'un défilé prestigieux. Mais son arrivée dans la capitale française est brutalement assombrie par une nouvelle médicale dévastatrice : elle doit subir d'urgence une opération pour un cancer du sein.
Angelina Jolie, entre fiction et réalité personnelle
Le choix d'Angelina Jolie pour ce rôle est particulièrement significatif. L'actrice, qui parle français dans le film, incarne un personnage confronté à la maladie après avoir elle-même subi une double mastectomie préventive en 2013. Cette résonance entre la fiction et la réalité personnelle de l'actrice ajoute une profondeur émotionnelle considérable au récit, créant un dialogue poignant entre l'expérience vécue et sa représentation à l'écran.
Un casting international au cœur de la mode parisienne
Autour de Maxine Walker gravite un ensemble de personnages féminins aux parcours variés, reflétant la diversité des mondes de la création et de la mode :
- Ada, jouée par Anyier Anei, est une mannequin soudanaise récemment immigrée qui fait ses premiers pas à toute vitesse dans le métier exigeant du mannequinat.
- Angèle, incarnée par Ella Rumpf, est une maquilleuse professionnelle qui enchaîne les shootings tout en nourrissant difficilement l'ambition secrète d'écrire un scénario.
- Christine, interprétée par Garance Marillier, est une petite main de la couture chargée d'assembler une robe cruciale avant le grand défilé.
Ces différentes trajectoires s'entrecroisent dans le microcosme intense de la fashion week parisienne, créant un tableau riche et complexe des réalités souvent cachées derrière les paillettes et les flashs des photographes.
Un film sur les corps, les créations et les vulnérabilités
Coutures explore avec finesse les multiples dimensions du corps féminin : corps objet de la mode, corps créateur, corps malade, corps migrant. Le film d'Alice Winocour questionne les standards de beauté, les pressions de l'industrie de la mode, et les défis personnels que doivent affronter les femmes dans des environnements professionnels exigeants.
À travers le parcours de Maxine Walker, le film aborde également la question du temps et des priorités, alors que la réalisatrice doit concilier une carrière internationale, des obligations professionnelles pressantes et un combat vital contre la maladie. Cette tension entre l'urgence créative et l'urgence médicale constitue l'un des fils rouges les plus puissants du récit.
Coutures représente ainsi une nouvelle étape dans la carrière d'Alice Winocour, confirmant sa capacité à traiter de sujets contemporains avec une sensibilité et une intelligence narratives remarquables, tout en maintenant un ancrage fort dans les réalités sociales et professionnelles de ses personnages féminins.



