Sting embarque pour un voyage musical personnel avec The Last Ship
Dans une démarche artistique surprenante, Sting, la star planétaire du rock, se produit actuellement dans une comédie musicale classique dont il est l'auteur, le producteur et l'interprète principal. The Last Ship, tiré de son album éponyme paru en 2013, représente un virage créatif notable pour l'artiste, s'éloignant résolument de son répertoire rock habituel.
Un spectacle ancré dans les traditions musicales
Cette production s'inscrit délibérément dans la tradition de Broadway et de l'opérette, avec ses codes caractéristiques du chanté-parlé, ses voix à l'unisson et ses ensembles soigneusement chorégraphiés. L'univers musical puise davantage dans le folk celte que dans le rock, un choix qui peut paraître désuet à l'ère numérique contemporaine mais qui témoigne d'une authenticité recherchée.
La première version new-yorkaise, présentée il y a douze ans, avait essuyé un échec retentissant. Entre critiques extrêmement divisées et un public qui n'avait pas suivi, le spectacle s'était révélé trop éloigné des attentes des fans de l'icône rock. Un revers cuisant pour Sting qui avait pourtant déjà fait ses premiers pas sur les planches de Broadway en 1989 dans L'opéra de Quat'sous.
La persévérance d'un artiste déterminé
Pas de quoi décourager l'ancien leader de Police qui a retravaillé sa copie à plusieurs reprises. Il propose aujourd'hui une version revisitée à la Seine Musicale de Boulogne-Billancourt, avant une présentation au Metropolitan Opera de New York prévue en juin. Cette résilience artistique démontre l'attachement profond de Sting à ce projet personnel.
L'intrigue, plutôt conventionnelle, évoque dans les années 80 la fin de la construction navale à Newcastle, ville natale de Sting où son père travaillait comme ingénieur naval. Dans cette Angleterre en pleine crise économique, le spectacle aborde des thèmes de lutte ouvrière, de résistance et de solidarité communautaire.
Une production visuellement luxueuse
La mise en scène impressionne par son décor minutieux de chantier naval, avec ses portiques imposants, ses caisses de bois, ses échafaudages entourant la proue d'un bateau. Les surtitres en français, positionnés de manière inhabituelle sur les côtés de la scène plutôt qu'en hauteur, constituent un choix scénographique singulier.
Sting apparaît en combinaison de travail, casque sur la tête, s'intégrant modestement à une troupe de vingt-huit chanteurs-danseurs et musiciens. Cette incarnation du personnage de Jackie White, contremaître du chantier naval, lui permet d'explorer une facette moins connue de son personnage public.
L'héritage musical des chants de marin
Musicalement, The Last Ship puise son inspiration dans la tradition des chants de marin et leur atmosphère mélancolique caractéristique, particulièrement perceptible dans des titres comme August Winds. L'œuvre s'inscrit également dans la lignée de l'album The Soul Cages (1991), où Sting explorait déjà les souvenirs de son enfance, une thématique qu'il réactive notamment dans Language of Birds.
Parmi les onze titres du spectacle, dotés d'arrangements soignés et précis, se distinguent quelques belles compositions comme Dead Man's Boots, Underground River ou The Night The Pugilist Learned How to Dance. Le titre choral éponyme, The Last Ship, émerge particulièrement, même si l'ensemble manque peut-être de ce tube imparable qui caractérise les grandes comédies musicales.
La voix distinctive de Sting en point d'ancrage
Lorsqu'il chante, Sting conserve cette voix rauque au timbre élégant, immédiatement reconnaissable entre toutes. Pourtant, dès qu'il quitte la scène, la tension dramatique semble s'effriter, laissant parfois poindre un certain ennui, comme si le spectacle perdait son capitaine à la barre.
Si l'intention de partager ses souvenirs d'enfance et ses liens indélébiles avec Newcastle paraît sincère, on peine parfois à imaginer Sting en véritable Working Class Hero de l'ère Thatcher. Le spectacle, bien que visuellement réussi et musicalement cohérent, manque parfois de ce souffle épique qui transporte irrésistiblement le public.
The Last Ship se joue jusqu'au 8 mars à la Seine Musicale de Boulogne-Billancourt, avec des représentations à 20 heures en semaine, et des séances le samedi à 15 et 20 heures ainsi que le dimanche à 15h30.



