« Romería » de Carla Simón : un pèlerinage intime aux sources de l'identité
« Romería » : le pèlerinage intime de Carla Simón

« Romería » : Carla Simón explore les méandres de la mémoire familiale

Parmi les nombreuses œuvres en compétition au Festival de Cannes l'année dernière qui abordaient les thèmes de l'héritage familial, du dialogue intergénérationnel et de la transmission mélancolique – on peut citer « Valeur sentimentale » de Joachim Trier, « Les Échos du passé » de Mascha Schilinski, ou encore « L'Agent secret » de Kleber Mendonça Filho –, « Romería » se distinguait par sa modestie et son authenticité. Ce troisième long métrage de la réalisatrice catalane Carla Simón, sorti en salles le 8 avril 2026, offre une plongée intimiste dans une quête personnelle aux résonances universelles.

Un voyage aux sources de l'identité

Le film suit Marina, interprétée avec une justesse remarquable par Llúcia Garcia, une jeune femme adoptée qui se rend à Vigo, une ville portuaire de Galice réputée pour ses ruines historiques. Son objectif est double : découvrir ses origines et obtenir les documents administratifs nécessaires à son inscription dans une école de cinéma. Armée d'un caméscope et du carnet de bord de sa mère défunte, elle entreprend de rencontrer la famille de son père, des oncles, tantes, cousins et grands-parents qu'elle n'a jamais connus.

Au fil de ces rencontres, Marina reconstitue progressivement, par bribes et fragments, la vie et la mort prématurée de ses parents. Ces derniers, jeunes gens modernes imprégnés de l'esprit de la Movida des années 1980, épris de bohème et d'aventures maritimes, ont été emportés par leur soif de transgression et les ravages de la drogue et du sida. Cette reconstitution se fait à travers des témoignages, des photographies jaunies, des objets personnels et d'autres traces matérielles qui deviennent autant de pièces d'un puzzle émotionnel.

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Une œuvre profondément autobiographique

Marina n'est autre qu'un alter ego de Carla Simón elle-même, et « Romería » représente la recréation cinématographique du périple qu'elle a effectué en 2004, à l'âge de 18 ans. Cette dimension autobiographique confère au film une vibration intime et personnelle particulièrement palpable. La réalisatrice, adepte d'une approche pointilliste de l'autobiographie comme l'a montré son précédent film « Été 93 », aborde ici un sujet douloureux avec des touches lumineuses et délicates.

Chaque scène s'apparente aux émanations d'un journal intime, capturant les émotions au plus près des corps et des éléments naturels. La manière organique et diffuse dont le film évoque le déni persistant de la société espagnole face aux ravages de la drogue et du sida – contrecoup libertaire des décennies de franquisme – ajoute une profondeur historique et sociale à cette quête personnelle.

La puissance des non-dits et des silences

Ce qui fait le charme modeste mais profond de « Romería », c'est sa capacité à reconstituer un passé à travers les non-dits et les silences. Le film comble les blancs de l'histoire familiale en révélant ce qui se cache dans les moments en creux, dans les regards échangés, dans les objets chargés de mémoire. Cette approche subtile transforme la quête de Marina en une recherche de sens et de sensualité, où chaque découverte devient une révélation sur soi-même et sur les autres.

Avec « Romería », Carla Simón signe une œuvre sobre et émouvante qui transcende le simple récit autobiographique pour toucher à des questions universelles d'identité, de transmission et de mémoire. Le film démontre que les histoires les plus personnelles sont souvent celles qui parlent le plus directement au cœur humain, faisant de ce pèlerinage intime une expérience cinématographique riche et profondément humaine.

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