Le cinéaste roumain Cristian Mungiu a remporté la Palme d'or du 79e Festival de Cannes pour son film Fjord, une distinction qu'il a immédiatement mise au service d'un registre politique : la lutte contre le « politiquement correct ». Dans son discours de remerciement, prononcé sur la scène du Grand Théâtre Lumière, Mungiu a estimé que le cinéma devait rester un espace de liberté et de questionnement, et non se soumettre à des injonctions morales ou idéologiques.
Un discours qui sort des sentiers battus
« Il faut que le cinéma garde sa capacité à déranger, à interroger, à ne pas être au service d'une cause unique », a déclaré le réalisateur, avant d'ajouter : « Le politiquement correct est une camisole de force pour l'art. » Selon lui, les artistes doivent pouvoir explorer des sujets sensibles sans craindre d'être accusés de « mauvaises pensées ». Mungiu a précisé que son film Fjord raconte l'histoire d'une communauté isolée en Norvège confrontée à des dilemmes moraux, sans jamais dicter au spectateur ce qu'il doit penser.
Le jury, présidé par la réalisatrice américaine Greta Gerwig, a salué « une œuvre d'une puissance narrative rare, qui ne cède à aucune facilité ». Le palmarès 2026 a également distingué le film français Les Enfants du silence (Grand Prix) et le documentaire chinois Les Oubliés du fleuve (Prix du jury).
Une polémique qui enfle
Les propos de Mungiu ont immédiatement suscité des réactions contrastées. Plusieurs associations féministes et antiracistes ont dénoncé un discours « dangereux » qui, selon elles, « légitimerait des propos discriminatoires sous couvert de liberté artistique ». À l'inverse, certains critiques et cinéastes, comme le réalisateur français Michel Gondry, ont salué « un appel salutaire à ne pas réduire le cinéma à un outil de propagande ».
Interrogé par Le Monde, le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, a refusé de commenter les propos du lauréat, mais a rappelé que « Cannes est un lieu de débat et de liberté d'expression ». Le ministre de la Culture français, Rachida Dati, a pour sa part estimé que « le cinéma doit rester un art, pas un catéchisme ».
Un film qui divise déjà
Fjord, qui sortira en salles en France le 16 septembre 2026, raconte l'histoire d'un pasteur luthérien qui, dans un village reculé de Norvège, doit arbitrer un conflit entre une famille de migrants syriens et des habitants hostiles. Le film, tourné en noir et blanc, dure 2 heures 45 minutes et a été salué par la critique pour sa mise en scène épurée et son refus des manichéismes.
Mungiu, 58 ans, avait déjà remporté la Palme d'or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, un film sur l'avortement dans la Roumanie de Ceaușescu. Il est le deuxième réalisateur à obtenir deux Palmes d'or, après le Danois Lars von Trier. Son discours de 2026 pourrait bien marquer un tournant dans les débats sur la liberté d'expression au cinéma.



