Le cinéaste roumain Cristian Mungiu a remporté la Palme d'or du 79e Festival de Cannes pour son film « Fjord », a annoncé le jury présidé par l'actrice australienne Cate Blanchett, lors de la cérémonie de clôture qui s'est tenue samedi 18 août au soir. Le film, présenté en compétition officielle, a été salué pour sa représentation du « choc des mondes contraires ».
Un cinéaste déjà consacré
Âgé de 58 ans, Cristian Mungiu n'est pas un inconnu sur la Croisette. Il avait déjà reçu la Palme d'or en 2007 pour « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », un drame sur l'avortement clandestin dans la Roumanie de Ceaușescu. Avec « Fjord », il signe son retour en compétition officielle après « Au-delà des collines » (2012) et « Baccalauréat » (2016).
Le film, dont l'action se déroule dans un village isolé des Carpates, met en scène la rencontre entre une communauté traditionnelle et un groupe de jeunes activistes écologistes venus protester contre l'installation d'un projet minier. Le réalisateur explore les tensions entre modernité et traditions, entre idéalisme et pragmatisme, avec sa signature habituelle : des plans séquences longs et une caméra proche des visages.
Une récompense qui fait débat
Le choix du jury a suscité des réactions contrastées. Certains critiques ont salué un « retour à un cinéma d'auteur exigeant », tandis que d'autres ont regretté l'absence de reconnaissance pour d'autres films marquants de la compétition, comme le drame social « Les Indociles » de la Française Claire Denis ou la fresque historique « L'Empire du silence » du Japonais Hirokazu Kore-eda. Le président du jury, Cate Blanchett, a justifié la décision en déclarant : « Nous avons été bouleversés par la puissance viscérale de ce film, qui interroge notre rapport à la nature et à l'autre. »
La cérémonie a également récompensé d'autres films : le Grand Prix a été attribué à « L'Été où tout a brûlé » de l'Espagnole Carla Simón, tandis que le Prix de la mise en scène est revenu à l'Américain Wes Anderson pour « La Merveilleuse Histoire de l'usine de pâtes ». Le Prix d'interprétation féminine a été décerné à l'actrice française Adèle Exarchopoulos pour son rôle dans « Les Indociles », et le Prix d'interprétation masculine à l'acteur britannique Daniel Craig pour « The Last Job ».
Un palmarès éclectique
Le palmarès complet reflète la diversité des cinématographies représentées cette année. Le Prix du jury a été partagé entre le film brésilien « O Conto do Lobo » de Karim Aïnouz et le documentaire « Les Voix de la terre » de la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher. La Caméra d'or, qui récompense un premier film, a été remise à « Les Oiseaux migrateurs » du jeune réalisateur sénégalais Mati Diop.
Le jury, composé notamment des acteurs Léa Seydoux et Oscar Isaac, de la réalisatrice américaine Greta Gerwig et du cinéaste iranien Asghar Farhadi, a délibéré pendant plusieurs heures avant de rendre son verdict. Selon des sources proches du jury, la décision n'a pas été unanime, certains membres ayant longtemps hésité entre « Fjord » et « Les Indociles ».
Une consécration attendue
Pour Cristian Mungiu, cette seconde Palme d'or confirme sa place parmi les grands cinéastes européens. Dans son discours de remerciement, il a dédié ce prix « à toutes les communautés qui résistent à la destruction de leur environnement et de leur culture ». Le film sortira en salles en France le 21 septembre prochain, distribué par Le Pacte.
Le festival, qui a accueilli plus de 200 000 festivaliers et professionnels, a également été marqué par des débats sur la place des femmes dans le cinéma et sur les conditions de travail dans l'industrie. La prochaine édition se tiendra du 13 au 24 mai 2026, sous la présidence d'Iris Knobloch.



