Otto Preminger, une légende du cinéma s'éteint à New York
Le 23 avril 1986, le metteur en scène américain Otto Preminger décédait à l'âge de 79 ans, dans sa résidence de Manhattan. Auteur d'innombrables succès tels que Laura, Bonjour tristesse et Exodus, il laisse derrière lui une œuvre marquée par le courage et la lucidité, qui demeure gravée dans les annales du Septième art.
Un style unique entre ombre et lumière
Le cinéma de Preminger s'étend du film noir intimiste aux grandes fresques dénonciatrices, mais chaque œuvre porte l'empreinte de son style distinctif. Il appréhende ses personnages avec une profondeur remarquable, explorant à la fois leur part d'ombre et de lumière, leur présent et leur passé. Bien qu'il décrive souvent des destins individuels, l'arrière-fond collectif est toujours présent, offrant une réflexion sur la société.
Cette lucidité provient de sa double appartenance, à la fois européenne et américaine. Né à Vienne, comme Fritz Lang et Billy Wilder, il a travaillé à Hollywood, fusionnant ces influences pour créer un cinéma unique.
Des débuts prometteurs à la révélation avec Laura
Fils d'un avocat renommé, Otto Preminger est né le 5 décembre 1906 dans la capitale de l'empire austro-hongrois. Parallèlement à des études de droit et de philosophie, il joue dans la troupe de Max Reinhardt, dont il devient un temps le directeur. En 1931, il signe son premier film, Die grosse liebe, après de nombreux succès sur scène.
En 1935, il part pour les États-Unis, invité par le producteur de Broadway Gilbert Miller et la compagnie Fox. Après quelques films médiocres, il produit et réalise Laura en 1944, un chef-d'œuvre du film noir qui le révèle au grand public, ainsi que les acteurs Gene Tierney et Dana Andrews. Ce film, basé sur une intrigue policière classique, est raconté tour à tour par l'assassin et le policier, avec un style influencé par l'expressionnisme, décrit comme une étrange méditation d'un Européen d'Hollywood.
Évolution vers des thèmes sociaux et institutionnels
Les années suivantes, Preminger réalise des films qui sont autant de portraits de femmes que de critiques sociales, comme Crime passionnel (1945) et Ambre (1947). Il explore également le film noir avec des œuvres telles que Angel Face (1952), offrant un rôle mémorable à Jean Simmons.
Ses préoccupations évoluent vers une critique des institutions. Dès 1950, avec Mark Dixon, détective, il s'intéresse au fonctionnement et au poids des structures sociales. Cette tendance s'accentue lorsqu'il devient indépendant en créant sa propre société de production. Il n'hésite pas à mettre en scène la justice américaine avec férocité dans Autopsie d'un meurtre (1959) et évoque les coulisses du Sénat dans Tempête à Washington (1962).
Des productions variées et un héritage durable
Preminger reste le seul réalisateur hollywoodien, depuis 1944, à être son propre producteur. Son unique western, Rivière sans retour (1954) avec Marilyn Monroe, fait sensation. À partir des années 1960, il se tourne vers des grosses productions comme Porgy and Bess (1959) et Exodus (1960). Il revient à des œuvres plus intimistes avec Bunny Lake (1965), et son dernier film, The Human Factor (1980), n'obtient qu'un succès d'estime.
Otto Preminger laisse un héritage cinématographique riche, marqué par son audace et sa vision lucide du monde, qui continue d'inspirer les cinéphiles et les professionnels du septième art.



