Oscars 2024 : comment Timothée Chalamet est passé de favori absolu à outsider
Ultra-favori depuis le début de l'année pour l'Oscar du meilleur acteur grâce à son incarnation d'un joueur de ping-pong à l'ambition démesurée dans Marty Supreme, l'acteur franco-américain Timothée Chalamet a connu un spectaculaire retournement de situation ces dernières semaines. Brutalement relégué au rang d'outsider dans la dernière ligne droite, alors que la cérémonie a lieu dimanche 15 mars, son parcours oscarisé semble s'être brusquement enrayé.
Une polémique inopportune mais pas déterminante
Depuis une semaine, le comédien est empêtré dans une controverse après avoir qualifié l'opéra et le ballet de trucs dont plus personne n'a rien à faire. Cette critique lui a valu des réprimandes de grands opéras, de célébrités hollywoodiennes comme Jamie Lee Curtis, et même du principal du lycée LaGuardia à New York, institution où l'acteur a fait ses gammes. Sur les réseaux sociaux, certains détracteurs ont même imaginé un film parodique intitulé Comment perdre un Oscar en 10 jours.
Pourtant, selon Pete Hammond, chroniqueur du site spécialisé Deadline, cette polémique n'a aucun impact sur les Oscars. Les propos de l'artiste, tenus fin février, sont devenus viraux très tardivement et ce n'était pas assez tôt pour influencer le vote, qui s'est clos le 5 mars, insiste-t-il.
Des échecs cruciaux dans la course aux pré-Oscars
La chute de Timothée Chalamet auprès de l'Académie reste néanmoins impressionnante. Après avoir raflé le prix de la critique américaine et le Golden Globe du meilleur acteur début janvier, il semblait déjà tenir la statuette. Mais son scénario a déraillé avec une défaite aux BAFTA, l'équivalent britannique des César, puis un échec cuisant aux Actor Awards, remis par le syndicat des acteurs américains.
L'organisation a préféré Michael B. Jordan pour son double rôle de jumeaux mafieux dans Sinners, relançant complètement le suspense. Ce revers est d'autant plus significatif que les acteurs constituent le groupe de votants le plus important au sein de l'Académie.
Hypothèses sur les raisons du revirement
Pour expliquer ce retournement, plusieurs hypothèses sont avancées :
- La jeunesse de l'acteur : À 30 ans, Chalamet doit briser la malédiction des jeunes acteurs, l'Académie préférant historiquement les vétérans comme Leonardo DiCaprio, qui a dû attendre 41 ans pour être sacré.
- Une arrogance supposée : Beaucoup sur les réseaux sociaux pointent l'attitude d'un acteur qui a martelé sa volonté de faire partie des grands du cinéma et a tout donné pour promouvoir Marty Supreme.
- Un marketing trop agressif : Son utilisation du ton prétentieux de son personnage, avec des actions médiatiques comme suggérer de repeindre la Statue de la Liberté en orange, a pu créer des attentes démesurées et décevoir les votants plus âgés.
Le poids d'un personnage antipathique
Si la statuette échappe à Timothée Chalamet dimanche, cela pourrait finalement être à cause de Marty Mauser, le pongiste égoïste et arrogant qu'il incarne. Il incarne un personnage antipathique, alors peut-être que tout est là-dedans : cela donne aux votants une raison de ne pas voter pour son personnage, analyse Pete Hammond.
Une membre de l'Académie confie ainsi son rejet viscéral du protagoniste détestable de Marty Supreme, tout en reconnaissant la performance de l'acteur. Je n'ai pas eu l'impression qu'il ait dû se dépasser autant que Wagner Moura dans L'Agent Secret, ou même Leonardo DiCaprio dans Une bataille après l'autre, explique-t-elle.



