« Nino dans la nuit » : une adaptation cinématographique qui défie les attentes
Personne n'aurait parié sur une adaptation au cinéma du roman Nino dans la nuit, publié par Capucine et Simon Johannin aux éditions Allia en 2019. L'entreprise semblait périlleuse : comment transposer à l'écran les fulgurances stylistiques et les trouvailles linguistiques de cette œuvre à la fois lyrique, politique, tendre et brutale ? Chaque phrase du livre épouse les errances de Nino, son narrateur d'une vingtaine d'années, qui survit entre la périphérie parisienne et Bruxelles en se livrant à de petits trafics.
Un récit ancré dans la réalité des marges urbaines
Nino Paradis, un nom qui sonne plus crédible dans le milieu du spectacle que dans celui de l'intérim, est ce « beau gosse » au regard sombre qui perd souvent pied. Il se raccroche pourtant à sa véritable famille : son amoureuse et ses deux amis proches. Le jour, ils traversent des heures blafardes ; la nuit, la petite bande reprend vie, noyant sa colère dans les substances et les fêtes effrénées.
Le film éponyme réalisé par le Belge Laurent Micheli, né en 1982 et déjà auteur de Lola vers la mer en 2019, épouse le tempo frénétique du groupe formé par Nino, incarné par Oscar Louis Högström, Lale jouée par Mara Taquin, Malik interprété par Bilal Hassani – le chanteur qui a représenté la France à l'Eurovision en 2019 – et Charlie campé par Théo Augier.
Une trajectoire préservée malgré l'élagage narratif
Si le récit cinématographique est nécessairement élagué par rapport au roman, la trajectoire du personnage principal reste fidèlement retranscrite. On suit ce jeune homme désenchanté, prêt à saisir toutes les opportunités pour gagner de l'argent, payer le taudis que lui loue un propriétaire sans scrupules, et retrouver les bras réconfortants de Lale.
L'adaptation de Laurent Micheli parvient à capturer l'essence même du roman : cette soif de plaisirs immédiats et de vérité qui anime les vingtenaires contemporains, pris entre marginalité économique et quête identitaire. Le film restitue avec justesse l'énergie brute et la poésie sombre qui faisaient la force du texte original, offrant une plongée sensorielle dans la nuit urbaine et ses promesses éphémères.



