Une page de cinéma français se tourne avec la disparition de Nathalie Baye
La disparition de Nathalie Baye, ce vendredi soir à l'âge de 77 ans des suites de la maladie à corps de Lewy, marque la fin d'un chapitre important du cinéma français. Un chapitre dont une partie significative s'est écrite sur la Côte d'Azur, où l'actrice avait passé une partie de sa jeunesse à Menton et où elle est revenue à de nombreuses reprises tout au long de sa carrière.
Née en 1948 dans l'Eure, à Mainneville, Nathalie Baye avait confié en 2004 que ses années mentonnaises avaient été déterminantes pour sa future carrière. « J'étais adolescente lorsque mes parents, tous deux artistes peintres, ont choisi d'habiter Menton durant quelques années. Chaque semaine, je prenais le train pour me rendre aux cours de danse classique de l'école de Marika Besobrasova. Ce furent trois ans de discipline et d'efforts qui auront été essentiels pour mon futur métier d'actrice », avait-elle révélé.
Les débuts cannois avec Truffaut
La relation privilégiée de Nathalie Baye avec le Festival de Cannes débute en 1973, alors qu'elle est toute jeune actrice. Elle fait son premier passage sur la Croisette avec « La Nuit américaine » de François Truffaut, film tourné au Studio de la Victorine à Nice et présenté hors compétition. Cette œuvre lance véritablement sa carrière et marque le début d'une longue histoire d'amour avec le festival.
Les années suivantes confirment cette relation naissante :
- En 1977, elle déambule sur la Croisette avec l'équipe de « La communion solennelle » de René Féret, accompagnée de son compagnon de l'époque, Philippe Léotard
- L'année suivante, elle revient avec le film « Mon premier amour » d'Élie Chouraqui
L'apogée des années 1980
La décennie 1980 voit Nathalie Baye s'imposer comme l'une des figures majeures du cinéma français sur la scène cannoise. En 1980, elle est à l'affiche de deux films en compétition : « Sauve qui peut (la vie) » de Jean-Luc Godard, qui lui vaut le César de la meilleure actrice dans un second rôle, et « Une semaine de vacances » de Bertrand Tavernier.
En 1984, son couple avec Johnny Hallyday fait crépiter les flashs des photographes sur la Croisette. L'année suivante, les deux stars partagent l'affiche de « Détective » de Jean-Luc Godard, présenté en compétition officielle.
Le passage dans le jury en 1996
Un moment charnière dans la relation de Nathalie Baye avec Cannes survient en 1996, lorsqu'elle est nommée membre du jury de la 49e édition du festival. Sous la présidence du géant américain Francis Ford Coppola, elle partage cette mission avec des personnalités comme le réalisateur franco-vietnamien Trần Anh Hùng ou le critique français Henry Chapier.
Ce jury historique décernera la Palme d'or au Britannique Mike Leigh pour « Secrets et mensonges », ainsi qu'un double prix d'interprétation masculine à Daniel Auteuil et Pascal Duquenne pour « Le huitième jour ».
Une présence régulière jusqu'à la fin
Même si les années 1990 voient moins de films de Nathalie Baye en compétition, l'actrice reste une habituée des marches cannoises, apparaissant régulièrement en 1997, 1999 et 2001. Il faut attendre 2006 pour la retrouver à l'affiche d'un film en sélection officielle avec « La Californie » de Jacques Fieschi, présenté dans la catégorie Un Certain Regard et tourné sur la Côte d'Azur.
Les années 2010 marquent une nouvelle phase de sa relation avec Cannes, notamment grâce à sa collaboration avec le prodige québécois Xavier Dolan. En 2012, elle présente « Laurence Anyways » dans la section Un Certain Regard, puis en 2016, « Juste la fin du monde » en compétition officielle, film qui remportera le Grand Prix.
Sa dernière apparition sur la Croisette remonte à 2019. En 2020, bien qu'à l'affiche de « Garçon chiffon », premier film de Nicolas Maury en tant que réalisateur, elle ne pourra se rendre au festival en raison de problèmes de santé qui l'avaient conduite à être hospitalisée quelques mois plus tôt.
Avec la disparition de Nathalie Baye, c'est non seulement une grande actrice qui s'en va, mais aussi un lien privilégié entre une artiste et le plus prestigieux festival de cinéma au monde qui se brise. Une relation de près de cinquante ans qui aura vu l'actrice évoluer de jeune révélée de Truffaut à membre respectée du jury, en passant par des collaborations mémorables avec les plus grands noms du cinéma français et international.



