Robert Duvall, légende du cinéma américain, s'éteint à 95 ans
Mort de Robert Duvall, acteur légendaire à 95 ans

Robert Duvall, le maître des seconds rôles, nous quitte à 95 ans

Avec soixante années de carrière et près de cent films à son actif, Robert Duvall s'est éteint à l'âge de 95 ans. Cet acteur américain, considéré comme l'un des plus subtils de sa génération, laisse derrière lui une filmographie impressionnante comprenant des chefs-d'œuvre absolus comme les deux premiers volets du Parrain et Apocalypse Now. Éternellement relégué dans des seconds rôles, ce puissant faire-valoir faisait preuve d'un génie rare dans sa capacité à passer inaperçu tout en marquant durablement les esprits.

Une carrière exceptionnelle et un Oscar unique

Le magazine People le décrivait au milieu des années 1970 comme le « numéro un des numéros deux à Hollywood ». Robert Duvall a effectivement tout joué ou presque, incarnant des personnages aussi divers que Joseph Staline, Adolf Eichmann dans des téléfilms, ou encore le président Dwight D. Eisenhower dans la mini-série Ike. Il a rarement été en tête d'affiche, à l'exception notable du premier long-métrage de George Lucas, THX 1138 en 1971, et de Tender Mercies en 1983.

C'est ce dernier film qui lui a valu son unique Oscar, celui du meilleur acteur pour sa performance bouleversante dans le rôle d'un chanteur de country sur le déclin devenu alcoolique. Pour ce mélo, Duvall a interprété lui-même toutes les chansons, refusant catégoriquement de se faire doubler. Le réalisateur australien Bruce Beresford déclarait à son sujet : « Duvall a la capacité d'habiter complètement la personne qu'il joue. Il devient totalement et complètement cette personne à un degré élevé. »

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Des débuts prometteurs et des collaborations mythiques

Né le 5 janvier 1931 à San Diego en Californie, Robert Selden Duvall grandit dans une famille très religieuse. Après des études d'histoire et un service militaire en Corée, il part à New York en 1955 pour suivre des cours d'art dramatique à la Neighborhood Playhouse. C'est là qu'il croise de futurs grands noms du cinéma comme James Caan, Diane Keaton, Jon Voight, et partage même un studio avec Gene Hackman et Dustin Hoffman.

Son premier rôle au cinéma en 1962 dans Du silence et des ombres est immédiatement remarqué. Personne n'a oublié sa prestation en tant que voisin attardé « Boo » Radley au regard plein d'humanité. Sa carrière décolle véritablement avec sa rencontre décisive avec Francis Ford Coppola.

La collaboration fructueuse avec Francis Ford Coppola

C'est sans doute chez le cinéaste italo-américain que Robert Duvall a atteint ses sommets artistiques. Il apparaît d'abord dans Les Gens de la pluie en 1969, puis incarne l'inoubliable Tom Hagen, l'avocat et conseiller de la famille Corleone, dans les deux premiers volets de Le Parrain en 1972 et 1974. Pour ce rôle tout en sobriété, il décroche une nomination à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle.

Son refus de participer au troisième volet en 1990, en désaccord avec la Paramount sur son cachet, se fait amèrement sentir à l'écran. Mais c'est dans Apocalypse Now en 1979 qu'il livre peut-être sa performance la plus mythique : celle du lieutenant-colonel Bill Kilgore, ce fou de guerre qui « adore respirer l'odeur du napalm le matin ». Pour ce rôle survolté, il remporte un Golden Globe et une nouvelle nomination aux Oscars.

Une filmographie riche et variée

Malgré sa calvitie naissante, Duvall connaît de nombreux succès dans les années 1970 et au-delà :

  • Un major bigot dans M*A*S*H de Robert Altman (1970)
  • Un homme d'affaires trompé dans Conversation secrète de Coppola (1974)
  • Le patron cynique d'une chaîne de télé dans Network de Sidney Lumet (1976)
  • Des rôles de flics dans Sanglantes Confessions (1981), Colors (1988) ou La nuit nous appartient (2007)
  • Un vieux cow-boy dans le western Open Range de Kevin Costner (2003)

En 1997, il investit cinq millions de dollars de sa poche pour réaliser Le Prédicateur, un film qui lui tenait à cœur depuis treize ans, obtenant une nomination à l'Oscar du meilleur acteur pour son rôle de pasteur pentecôtiste.

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Une vie loin de Hollywood

Robert Duvall vivait en Virginie, dans son ranch Butchers Run, loin des lumières de Hollywood. Passionné d'équitation, danseur de tango émérite (il avait aménagé sa grange en dancing) et parlant couramment l'espagnol, il menait une vie discrète. Marié quatre fois, dont la dernière fois en 2004 à l'actrice argentine Luciana Pedraza (née comme lui un 5 janvier, avec quarante et un ans d'écart), il n'a jamais eu d'enfant.

Conservateur assumé soutenant le parti républicain, cette légende du Nouvel Hollywood laisse derrière lui une œuvre immense. Un acteur talentueux qui mérite aujourd'hui une place d'honneur dans le panthéon du cinéma américain, ayant démontré tout au long de sa carrière que les seconds rôles pouvaient être tout aussi mémorables, sinon plus, que les premiers.