Quarante-cinq spectacles nommés et au final quinze primés, recevant d'un à trois trophées, ce lundi 4 mai au soir, au cours de la 37e cérémonie des Molières. En tête du palmarès avec trois statuettes glanées, on trouve le formidable « Procès d'une vie », suivi de « La Cage aux Folles » et « Fin, fin et fin », deux Molières chacun. Les autres en décrochent un.
« Le Procès d'une vie » : les femmes de l'histoire
Découverte l'an dernier dans le festival Off d'Avignon, cette pièce signée Barbara Lamballais et Karina Testa - dont c'est le premier texte et qui reçoivent le Molière des autrices, en plus de celui du meilleur spectacle dans le privé et du second rôle pour Jeanne Arènes - dans une mise en scène par la première, s'attache à raconter le vécu des femmes protagonistes de ce qu'on appellera le procès de Bobigny.
C'est Marie-Claire, ado de 16 ans victime d'un viol qui a eu recours à un avortement, alors illégal, mais aussi sa mère, Michèle, et puis Lucette, Renée et Micheline, des amies qui les ont aidées… À l'automne 1972, elles sont défendues par Gisèle Halimi qui va faire de ce procès une tribune qui changera l'histoire de nombreuses femmes, ouvrant la voie à la légalisation de l'avortement portée par Simone Veil en 1974.
D'une écriture très cinématographique, la pièce tisse chaque parcours habilement, les séquences s'enchaînent, mixées parfois, de façon fluide et dynamique. Le public est saisi par l'effervescence qui règne en plateau. « Ce souffle de révolte habitera de bout en bout un spectacle à la distribution remarquable », écrivions-nous après Avignon.
À voir aussi : « Le Procès d'une vie », jusqu'en janvier au théâtre du Splendid (Xe), du mardi au dimanche, de 22 à 36 euros. Et aussi au festival Off d'Avignon du 4 au 25 juillet prochains au théâtre des Béliers.
« Fin, fin et fin » : la fin du monde à savourer entre amis
Charlie, Bastien, et Guillaume, trois amis, décident, au matin de la fin du monde annoncée, d'aller faire un pique-nique pour assister au dernier lever de soleil. Tout est prêt pour affronter le monde extérieur qui recèle un danger mortel alors que la planète est ravagée par un virus transformant les individus en zombies… Ils sont trois sur scène et incarnent tous les rôles, dans une narration empruntant plusieurs chemins qui finiront toutes par avoir leur fin.
Un jeu précis et virtuose, une mise en scène habile et maligne, un humour tranchant et absurde pour une histoire à la rencontre des Monty Python et de « Walking Dead », on jubile devant les (més) aventures très hautes en couleurs de ces trois-là. De et mis en scène par Lancelot Cherer, qui décroche le Molière de la révélation masculine, « Fin, fin et fin » a aussi reçu celui de la meilleure comédie. Mérité.
« Fin, fin et fin », jusqu'au 5 juin au théâtre Lepic (XVIIIe), les mardis à 21 heures et du mercredi au vendredi à 19 heures, 38 euros.
« La Cage aux folles » : Laurent Lafitte, Zaza d'anthologie
C'était le spectacle musical à voir absolument au moment des fêtes. « La Cage aux folles », succès de Broadway de Jerry Herman et Harvey Fierstein, d'après la pièce de Jean Poiret, traduit et mis en scène par Olivier Py au Châtelet qu'il dirige, a révélé Laurent Lafitte, magistral en chanteuse et meneuse de revue sous les traits d'une Zaza nostalgique et revendicatrice.
Il obtient assez logiquement le Molière du comédien pour cette ode à la différence bourrée d'énergie et d'humour dans une mise en scène enlevée, et une scénographie monumentale. Aux côtés de Lafitte, Damien Bigourdan est impérial en Georges, et la distribution déborde de talents. Affichant complet très rapidement au Châtelet, cette « Cage » rouvrira pour le bonheur de tous ceux qui n'ont pas pu la voir à la rentrée à la Seine Musicale, à Boulogne (Hauts-de-Seine).
« La Cage aux folles », 17 représentations du 30 octobre au 14 novembre à la Seine Musicale (Hauts-de-Seine). De 20 à 129 euros.
Mais aussi…
« Le Chant des lions » se propose de retourner aux sources du fabuleux « Chant des Partisans » en convoquant sur le plateau Joseph Kessel et Maurice Druon, qui l'ont écrit, mais aussi Germaine Sablon, vedette et amour de Kessel, qui chanta cet hymne à la résistance depuis Londres. C'est Marina Pangos qui l'incarne et a reçu pour ce rôle le Molière de la Révélation féminine… Dans une mise en scène précise de Charlotte Matzneff, avec notamment un travail génial sur le son, voici une épopée historique pleine de souffle à vivre. Au théâtre Tristan Bernard (XVIIe), jusqu'au 20 juin, de 11 à 40 euros. Du 4 au 25 juillet au théâtre des Gémeaux à Avignon.
« Amadeus ». Après « Le cercle des poètes disparus », Olivier Solivérès s'attaque avec réussite à un nouveau succès du cinéma, celui de Milos Forman et ses huit Oscars, un triomphe sur écran tiré d'une pièce de théâtre de Peter Shaffer. Pour sa composition de Salieri, Jérôme Kircher a glané le Molière du comédien dans le privé, et se mesure chaque soir au bondissant Thomas Solivérès, sublime Mozart dans une mise en scène spectaculaire et très fidèle. Au théâtre Marigny (VIIIe), jusqu'au 14 juin. Puis reprise à partir du mois d'octobre prochain. De 25 à 117 euros.
« Sexe, drogue et Rocking-Chair ». Avec trois Molières de l'humour en trois spectacles, Alex Lutz devient « monsieur 100 % » avec ce nouvel opus construit autour du deuil à la mort de son père. Un spectacle intime et personnel alliant avec brio rires et émotions, offrant un moment suspendu, poétique et cathartique. Une claque à voir. Le 20 juin au Dôme de Paris (XVe), de 59 à 89 euros et en tournée 7 mai au Thor, le 9 mai à Sainte-Maxime, le 12 mai à Créteil… Nouvelles dates à venir.
« Ça, c'est l'amour ». Quand Josiane Balasko et Marilou Berry, mère et fille, montent sur scène pour la première fois ensemble, ça commence comme une comédie. L'une, la mère, arrive chez la seconde, la fille, tel un chien dans un jeu de quilles… Mais une menace plane vite, celle de la maltraitance intrafamiliale. Il souffle un mauvais vent, chaud et froid, sur cette histoire en partie inspirée par celle de l'auteur, Jean Robert-Charrier, parfois glaçante et au final pleine d'espoir. Pour ce rôle, Balasko s'est vue décerner son premier Molière comme comédienne dans le privé. Au Théâtre des Bouffes-Parisiens (IIe), reprise du 9 janvier au 21 février 2027.
« Made in France ». Entre les magouilles et les petits arrangements entre amis, les absurdités du système, cette nouvelle pépite de la compagnie La Poursuite du Bleu met les mains dans le cambouis et dépeint une usine en lutte pour éviter sa délocalisation. Dans une mise en scène percutante tournant autour d'une batterie rythmant et bruitant la narration - saluée par le Molière de la mise en scène dans le privé - la distribution enlevée fait vivre avec énergie une pièce grinçante et d'une drôlerie redoutable. À voir du 4 au 25 juillet dans le Off d'Avignon au 11.
« I Will Survive », le nouveau spectacle des Chiens de Navarre, compagnie à l'humour particulièrement mordant ancré dans une réalité brute. S'inspirant de faits réels, ils imaginent deux procès fictionnels, l'un d'une femme ayant tué son mari qui lui faisait subir depuis des années des violences physiques et sexuelles, de l'autre, celui d'un animateur auteur d'une blague malheureuse sur les violences faites aux femmes… L'outrance facile, l'écume au bord des lèvres, le propos alerte et souvent nécessaire, les Chiens reçoivent le Molière du spectacle dans le public, leur premier. À voir les 6 et 7 mai à Chalon-sur-Saône (71), du 20 au 21 mai à Maubeuge (59) ainsi que du 29 mai au 28 juin au théâtre des Bouffes du Nord (XVIIIe).
« Les petites filles modernes (titre provisoire) ». Nouvelle statuette pour Joël Pommerat, celle de la mise en scène dans le public, son troisième. Le recordman du genre en compte désormais 12 pour lui ou ses spectacles, dont deux comme auteur. Conteur, un vrai, Pommerat est de ceux qui savent faire naître au plateau un ailleurs à la fois surnaturel et proche, intime, aussi palpable qu'irréel, imaginaire. Avec ce nouvel opus, il s'attache à l'histoire de deux jeunes filles et au monde de l'adolescence. Un spectacle qu'on peut encore voir les 5 et 6 mai à Martigues (13), du 20 au 22 mai à Dunkerque (59) et du 3 au 18 juin à Strasbourg.
On pourra les voir… peut-être
Pour le reste, des reprises en vue pour « Les Frottements du cœur », Molière du seul en scène, spectacle dans lequel Katia Ghanty raconte son hospitalisation et comment elle a frôlé la mort. Sublime, la pièce est attendue à la rentrée à Paris, la salle n'est pas déterminée.
Ce sera la salle Richelieu de la Comédie Française la saison prochaine pour « Les Femmes savantes », dans la mise en scène d'Emma Dante qui vaut à Laurent Stocker son deuxième Molière du second rôle d'affilée, tout comme « Hécube, pas Hécube », de Tiago Rodrigues, pour lequel Elsa Lepoivre a reçu son second Molière de la meilleure comédienne dans le public. Rien d'annoncé en revanche pour la réjouissante « Petite boutique des horreurs » mise en scène par Valérie Lesort et Christian Hecq, qui empoche le Molière de la création visuelle et sonore. Molière du jeune public, « Casse-Noisette ou le Royaume de la nuit », de Johanna Boyé et Élisabeth Ventura, pour la Comédie Française, n'a pas de reprise en vue non plus.



