Melvil Poupaud dans « Plus fort que le diable » : une comédie noire déroutante mais imparfaite
Melvil Poupaud : une comédie noire déroutante mais imparfaite

Melvil Poupaud dans « Plus fort que le diable » : une comédie noire déroutante mais imparfaite

Après des apparitions dans « Ovni » et « Coup de Chance », Melvil Poupaud démontre une nouvelle fois sa polyvalence en se plongeant dans le registre comique avec « Plus fort que le diable », le film déroutant de Graham Guit. Cette comédie noire, bien qu'imparfaite, offre une expérience cinématographique atypique qui ne laisse pas indifférent.

Un scénario chaotique et des personnages déjantés

L'histoire suit Valentin, interprété par Melvil Poupaud, un homme paumé et fauché qui retrouve son fils Joseph après vingt ans d'absence. Cette réunion improbable précipite Joseph et sa femme Alice dans un chaos total, créant une spirale d'événements absurdes et violents. Aux côtés de Poupaud, on retrouve Asia Argento, Marine Vacth et Nahuel Pérez Biscayart, qui composent un casting éclectique pour cette comédie déjantée.

Graham Guit, qui n'avait pas tourné de long métrage depuis 2008, retrouve Melvil Poupaud un quart de siècle après leurs collaborations précédentes comme « Le Ciel est à nous » et « Les Kidnappeurs ». Les amateurs de son univers destroy, influencé par Tarantino et les frères Coen, retrouveront ici sa patte caractéristique.

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Un univers cinématographique unique mais inégal

« Plus fort que le diable » s'inscrit résolument dans la veine des films de « sale gosse » où les cadavres s'accumulent entre deux répliques corrosives. L'univers est volontairement excessif, avec des comédiens en surjeu qui forcent le trait pour mieux souligner l'absurdité des situations. Melvil Poupaud incarne avec conviction un sans-abri imprévisible, loin de ses rôles habituels d'hommes toxiques.

Le résultat est un film à part, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme. Si le réalisateur prend des risques et se démarque des comédies conventionnelles, l'œuvre fait l'effet de montagnes russes émotionnelles, alternant moments inspirés et passages moins convaincants. Le traitement des snuff movies, thème central où des personnes sont tuées en direct, manque particulièrement de profondeur et de critique sociale.

Les confidences de Melvil Poupaud sur le tournage

L'acteur revendique son attirance pour les projets hors des sentiers battus : « Graham Guit fait un cinéma très pop, qu'on ne fait pas beaucoup en France, qui surprend, mais que je trouve très réussi ». Il ajoute : « J'ai commencé dans des films de Raoul Ruiz qui étaient eux-mêmes totalement atypiques. C'est une tendance dans mes choix que j'aime bien faire perdurer ».

Sur son personnage de Valentin, Poupaud précise : « Il est hors sol. On ne sait pas à quelle époque il appartient, ni quelle substance il a pris… Il est vraiment largué, au-delà de la loose. Dans la comédie, j'aime être celui qui est dépassé par les événements ».

Le tournage s'est distingué par une approche unique du jeu d'acteur. Contrairement aux méthodes réalistes habituelles, Graham Guit encourageait l'outrance, une liberté rare que Melvil Poupaud a dû aider ses partenaires à apprivoiser. « On a l'impression que c'est un film punk qui part dans tous les sens, alors qu'en fait c'est très écrit, les dialogues sont très ciselés », explique-t-il.

Une œuvre qui dérange plus qu'elle ne marque

Derrière son humour noir, « Plus fort que le diable » tente de dénoncer la violence contemporaine. Melvil Poupaud souligne : « Oui, la violence est stylisée, mais il n'y a pas de jouissance à son propos. C'est aussi l'idée que nous vivons dans un monde où elle est partout tout le temps ».

Malgré ses ambitions, le film reste un one-shot pas désagréable à regarder mais oublié aussitôt après la projection. Cette impression est d'autant plus frustrante que cette comédie noire et décalée, avec davantage de rigueur narrative, avait le potentiel de marquer durablement les esprits.

Melvil Poupaud conclut sur sa philosophie de jeu : « Je n'aime pas voir le travail de l'acteur à l'écran. Si je vois quelqu'un saisir un rôle pour se faire valoir, ça me fait sortir de l'intrigue. Mon travail est d'être au service du film, du metteur en scène, de l'histoire ».

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« Plus fort que le diable » de Graham Guit (France/Belgique), avec Melvil Poupaud, Asia Argento, Marine Vacth. Comédie. 1h24. Notre avis : 2/5.