Marty Supreme : Timothée Chalamet incarne un champion de ping-pong obsédé dans le nouveau film de Josh Safdie
Marty Supreme : Chalamet en champion de ping-pong obsédé

Marty Supreme : une épopée cinématographique frénétique autour du tennis de table

Une course effrénée de spermatozoïdes vers un ovule, sur la bande-son du tube « Forever Young » d'Alphaville. Un œuf fécondé qui, par magie des images de synthèse, se transforme en balle de ping-pong en plein vol avant de rebondir sur une table de match. Une séquence surprenante précédée d'un prologue torride : une étreinte passionnée dans la réserve d'un magasin de chaussures entre l'aspirant champion Marty Mauser, interprété par Timothée Chalamet, et sa petite amie Rachel, mariée à un autre. New York, 1952 : bienvenue dans l'univers déjanté de Marty Supreme !

Sexe, action et ambition dévorante

Sexe, action, humour et bizarrerie… Le nouveau film de Josh Safdie – réalisé cette fois sans son frère et binôme habituel Benny – nous entraîne pendant deux heures trente dans un tourbillon furieux, épuisant et rocambolesque. Une œuvre qui s'inscrit dans la droite ligne du précédent long-métrage enfiévré des deux frères, le mouvementé Uncut Gems, mais en plus spectaculaire et moins déroutant.

Inspiré librement de la vie du véritable Marty Reisman, virtuose américain du tennis de table dans les années 1950, Marty Supreme suit les péripéties de ce Juif du Lower East Side, sans le sou mais obsédé par une ambition dévorante : participer aux championnats du monde de ping-pong à Tokyo et populariser ce sport alors méprisé en Amérique.

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Une discipline aux origines surprenantes

La discipline est pourtant déjà très prisée à l'étranger depuis sa naissance officielle en 1890, avec un matériel breveté par le Britannique David Foster, dont la fameuse petite balle de celluloïd au rebond révolutionnaire. Avant cela, dans les années 1880, des officiers en poste en Inde et des étudiants avaient inauguré un « tennis de salon » sur des tables de salle à manger, utilisant des bouchons de champagne taillés en guise de balles et des couvercles de boîtes de cigares comme raquettes.

Rassurez-vous : Marty Supreme ne s'adresse pas uniquement aux fans de ping-pong. Ses joutes haletantes n'occupent qu'une fraction de l'énergie phénoménale du personnage, déployée dans l'écrin d'une étourdissante reconstitution historique.

Un succès critique et commercial retentissant

À sa sortie le 26 décembre aux États-Unis, ce train fou doté d'un budget de 70 millions de dollars – le plus gros jamais accordé par le studio indépendant A24 – a réalisé un véritable jeu, set et match au box-office, mais aussi dans le cœur des critiques. Le New York Times le qualifie de « l'un des films américains les plus plaisants de l'année et l'un des plus excitants », tandis que le site Indiewire voit dans la performance de Timothée Chalamet « l'une des interprétations cinématographiques les plus colossales du XXIe siècle ».

Timothée Chalamet, nouveau phénomène générationnel

Au centre d'une campagne marketing foudroyante, l'acteur a sorti le grand jeu dans les talk-shows, singeant avec malice l'arrogance de Marty Mauser, surjouant l'exubérance ou criant au génie concernant sa propre performance. Bingo : déjà récompensé aux Golden Globes pour son rôle dans Marty Supreme, la star est désormais en lice pour les Oscars.

Un phénomène générationnel est en marche autour de Timothée Chalamet en Marty, nouveau héros impudent, menteur et séducteur mais profondément attachant, qui séduit une Gen Z enivrée par la bande originale anachronique ancrée dans les années 1980, avec des titres de Peter Gabriel, Tears for Fears et New Order.

Six années de préparation intensive

Durant les six années de gestation du projet, le comédien, fasciné par son alter ego, a fait installer une table de ping-pong sur ses tournages précédents – notamment sur les plateaux de Dune et Un parfait inconnu – pour pouvoir s'entraîner sans relâche. Mais au-delà du show Chalamet, au-delà d'une trame caméléon mêlant fresque sociale, comédie, suspense sportif et polar – Marty et Rachel enlèvent le chien d'un mafieux pour lui extorquer des fonds –, le film joue une partie serrée avec plusieurs thématiques profondes.

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Les racines du projet : un livre fondateur

Lorsqu'en 2018, Sara Rossein, l'épouse de Josh Safdie, lui offre les mémoires de Marty Reisman publiées en 1974 – The Money Player –, c'est le déclic. « Il a été le terreau de Marty Mauser, que j'ai imaginé comme un archétype du Juif américain d'après-guerre incarnant l'individualisme forcené, le rêveur américain pur et dur », explique Josh Safdie. « Un homme dont personne ne respecte le rêve, mais c'est justement ce mépris qui va l'inciter à y croire dix fois plus fort. »

Le réalisateur ajoute : « J'ai aussi été fasciné par la description que fait Reisman du Lawrence's, ce salon de ping-pong tenu à Manhattan dans les années 1950 par le premier entrepreneur noir de Times Square. Mon grand-oncle jouait au tennis de table au milieu du XXe siècle avec tous ces joueurs. Je connais ce monde, je suis moi-même pongiste. »

L'héritage de l'identité juive et de l'antisémitisme

Au cœur du récit se trouve l'antisémitisme d'une certaine élite américaine d'après-guerre et cette rage de vivre des Juifs au lendemain de la Shoah, notamment à travers l'humour noir – « Je vais faire à Kletzki ce qu'Auschwitz n'a pas su lui faire », lance Mauser à la presse au sujet d'un adversaire hongrois rescapé des camps.

« Après avoir échappé à l'éradication totale, les Juifs ont développé une certaine fierté identitaire », commente Safdie. « Un sentiment de résilience, de camaraderie, et une volonté acharnée d'arriver au sommet. Des sentiments qui vont de pair avec l'anxiété consubstantielle à la condition juive. »

Une œuvre aux multiples dimensions thématiques

Marty Supreme, ce film vorace, cette épopée à 360 degrés, explore également d'autres thèmes riches : la sortie du Japon de son isolement grâce au ping-pong, le capitalisme Wasp dominateur, la description plus vraie que nature du Lawrence's – ce club interlope de matchs et de paris nocturnes situé sur Broadway –, sans oublier la quête initiatique d'un Mauser égoïste et immature, un temps égaré dans les bras d'une autre femme mariée et plus âgée, Kay Stone, interprétée par Gwyneth Paltrow.

Une ode baroque à l'obstination

Josh Safdie qualifie finalement de « parcours sisyphéen » l'odyssée criblée d'embûches de Marty Mauser. Conclue par un plan bouleversant qui boucle la boucle narrative, l'œuvre se révèle être une ode baroque à l'obstination envers et contre tout. Un probable futur classique du grand cinéma américain, marchant résolument dans les pas des maîtres Martin Scorsese et Francis Ford Coppola.

La révolution du ping-pong : quand Marty devint « sourd »

« Je lui flanquais des coups mortels et c'est moi qui les recevais en pleine figure. » Aux championnats du monde de Bombay en 1952, le ping-pong connaît sa révolution technique. L'Américain Marty Reisman, qui avait passé sa vie à étudier les sons de sa discipline, n'entend soudain plus rien face au Japonais Hiroji Satoh. Le coupable ? Une épaisse mousse de caoutchouc étouffant tous les bruits, renvoyant instantanément les coups, alors que Reisman jouait avec une petite couche à pointes dures.

« La mousse a ruiné le spectacle et l'esthétique d'un jeu devenu trop rapide, trop furieux, trop technique », déplore l'écrivain Jerome Charyn dans son ouvrage Ping-pong, consacrant un chapitre entier à son idole Marty Reisman, surnommé « L'Aiguille » en raison de sa maigreur légendaire.

Si c'est un Anglais, James Gibb, qui avait remarqué vers 1900 que la balle faisait « ping » puis « pong », si un autre Anglais, Goode, imagina en 1902 qu'un tapis à monnaie de pharmacie ferait de bons picots pour une raquette, et si le ping-pong fut d'abord aux États-Unis un sport de riches pratiqué dans les années 1920 au Waldorf-Astoria, il devint avant la guerre la passion des Juifs new-yorkais qui se retrouvaient au Lawrence's, un ancien speakeasy tenu par un Noir, où les parties donnaient lieu à des paris effrénés. Reisman fut l'un de ces Juifs, un clown et une gâchette formidable, qui devint « sourd » face au Japonais en 1952, année où Mao Zedong ressuscita ce sport introduit en Chine par des missionnaires anglais vers 1910, faisant livrer des millions de tables dans les écoles à travers le pays.