« Je n’avais que le néant » : le making-of poignant de « Shoah » révélé par Guillaume Ribot
Making-of poignant de « Shoah » révélé par Guillaume Ribot

« Je n’avais que le néant » : plongée dans les coulisses du chef-d’œuvre « Shoah »

Quarante années se sont écoulées depuis la sortie de Shoah, l’œuvre ultime de Claude Lanzmann sur l’Holocauste. Aujourd’hui, le réalisateur Guillaume Ribot se penche sur le matériau monstrueux laissé par le cinéaste, dévoilant les sources, les modalités de réalisation et les buts secrets de cette entreprise titanesque. Il en tire le formidable documentaire « Je n’avais que le néant », projeté cette semaine au cinéma le Trianon de Mende, en Lozère.

L’errance créatrice de Claude Lanzmann mise à nu

Ce making-of poignant met au jour l’errance de Lanzmann, sa façon de se lancer dans son projet sans trop savoir où il allait le mener, sans but précis. C’est magnifique de voir ainsi Shoah se construire « en direct », au contact des gens, de découvrir un homme face au doute, attrapant çà et là des témoignages, des détails, des paysages, des lieux. Sur cette base, il bâtit sa théorie : filmer la mort en filmant ceux qui l’ont vue.

On découvre également un cinéaste qui flirte avec la légalité, qui veut filmer coûte que coûte, un artiste obnubilé par l’urgence de témoigner et d’atteindre quelque chose d’indicible. Les images, entièrement tournées par Lanzmann pour son film, sont accompagnées en voix off par des extraits de son livre de mémoires. Ces phrases d’une justesse et d’une intelligence aiguisées reviennent sur la fièvre de filmer, l’épuisement et la nécessité de graver la trace de cette vérité dans l’éternité.

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L’émotion retrouvée par le montage

C’est cet inlassable effort pour toucher le vrai qui émeut réellement. Parvenir ainsi à retrouver, par le seul montage, l’émotion du film de Lanzmann, est un gage de réussite indéniable. C’est dans l’effacement, la modestie et le respect du cinéaste et de la parole qu’il filme que Ribot est le plus bouleversant. Voilà un making-of poignant, inévitable prolongement du chef-d’œuvre lanzmannien, qui offre une immersion profonde dans le processus créatif derrière l’un des documentaires les plus importants de l’histoire du cinéma.

Ce documentaire ne se contente pas de raconter la genèse de Shoah ; il explore aussi la dimension humaine de Lanzmann, ses doutes et sa détermination à capturer l’indicible. Les spectateurs sont invités à réfléchir sur la mémoire, l’histoire et le pouvoir du cinéma comme outil de témoignage. La projection à Mende représente une occasion unique de redécouvrir cette œuvre sous un angle nouveau, enrichi par les révélations de Ribot.

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