Fabrice Luchini se dédouble dans une comédie sur la passion théâtrale et les retrouvailles familiales
Dans cette comédie délicate et légère, l'acteur Fabrice Luchini incarne un double de lui-même, un personnage fragile et désarmé face aux réalités du quotidien. « Il faut vous reposer, Monsieur ! Il va vous bouffer, Hugo… » Cet avertissement, lancé par un voisin concerné, s'adresse au comédien Robert Zucchini, interprété avec brio par Fabrice Luchini. Lequel répond avec des accents dramatiques caractéristiques : « Mais je n'aime que ça ! »
Un personnage dévoré par sa passion pour Victor Hugo
Évidemment, on retrouve beaucoup de Fabrice Luchini dans ce personnage entièrement consumé par sa passion dévorante pour Victor Hugo et par son amour inconditionnel du théâtre. Le concret, les préoccupations quotidiennes ? Très peu pour lui. Robert Zucchini évolue dans un monde à part, étrange et décalé, où son existence ne trouve de sens véritable que sur les planches, dans la déclamation des textes du grand écrivain.
Mais tôt ou tard, la réalité finit toujours par reprendre ses droits. Le très littéraire Robert se retrouve ainsi complètement déboussolé lorsque réapparaît dans sa vie sa fille, Lisbeth, interprétée par Marie Narbonne. Âgée de vingt ans, cette jeune femme dont il ne s'est jamais vraiment occupé et qu'il n'a pas vue grandir représente un défi immense pour cet homme qui a fui ses responsabilités parentales.
Le sacerdoce théâtral comme excuse pour fuir la paternité
Le soi-disant sacerdoce exigé par le théâtre lui a fourni pendant des années une excuse pratique pour ne pas assumer son devoir de père, toujours blessé par sa rupture douloureuse avec la mère de Lisbeth. Il a préféré fuir dans son art plutôt que d'affronter ses obligations familiales. Aujourd'hui, le moment est venu de faire face, de renouer des liens avec sa fille, de sortir enfin de sa tour d'ivoire artistique.
Il doit apprendre à lire Victor Hugo autrement que comme une simple échappatoire littéraire, à redécouvrir les textes sous un angle nouveau. Plus fondamentalement, Robert Zucchini doit réapprendre à vivre « comme tout le monde », à trouver un équilibre entre sa passion dévorante et les exigences du monde réel.
Une écriture signée Sophie Fillières, achevée par Pascal Bonitzer
Le film a été écrit par la talentueuse réalisatrice Sophie Fillières, malheureusement décédée en juillet 2023. C'est Pascal Bonitzer, qui partageait sa vie, qui a pris le relais pour mener à bien ce projet cinématographique. On retrouve dans cette œuvre tout ce qui faisait le charme particulier de leurs longs-métrages précédents : un goût joyeux et communicatif pour la fantaisie la plus débridée, une mélancolie légère et sans gravité excessive, ainsi qu'une absence totale de méchanceté ou de cynisme.
Le nom même du personnage principal, Robert Zucchini, ne doit rien au hasard. Cette facétie linguistique reflète parfaitement l'esprit de cette comédie, mineure dans son ambition mais particulièrement plaisante par sa tonalité à la fois tendre et acidulée. Zucchini, qui signifie « petite courge » en italien, ajoute une touche d'humour malicieux à l'ensemble.
Un Fabrice Luchini entre déclamation tonitruante et fragilité touchante
Si vous adorez déjà Fabrice Luchini et son jeu d'acteur si particulier, vous aimerez certainement « Victor comme tout le monde ». Mais même si ses déclamations tonitruantes vous horripilent parfois, vous pourriez bien être agréablement surpris, car on le découvre ici sous un jour nouveau : fragile, conscient de ses manques et de ses faiblesses, presque effacé et maladroit en présence de sa fille retrouvée.
Cette comédie sensible explore avec justesse les thèmes de la passion artistique, de la fuite face aux responsabilités et des retrouvailles familiales tardives. Elle propose un portrait nuancé d'un homme partagé entre son amour absolu pour la littérature et la nécessité de renouer avec sa propre humanité.
« Victor comme tout le monde », un film de Pascal Bonitzer avec Fabrice Luchini, Chiara Mastroianni et Marie Narbonne. Durée : 1 heure 28 minutes. Sortie prévue le 11 mars.



