Love Story sur Disney+ : Ryan Murphy revisite le mythe Kennedy avec glamour et nostalgie
À quoi bon ? C'est la question qui surgit après le visionnage du premier épisode de Love Story : Carolyn Bessette et John F. Kennedy, disponible sur Disney+. Cette nouvelle production de Ryan Murphy retrace l'histoire amoureuse du couple le plus glamour des années 1990, depuis leur rencontre en 1994 jusqu'à leur tragique disparition cinq ans plus tard dans le crash de leur avion au large du Massachusetts.
Le prolifique Ryan Murphy ne s'arrête jamais
Après American Horror Story et American Crime Story, le producteur télé, véritable chouchou des médias, dégaine maintenant American Love Story, rebaptisé Love Story pour un impact plus international. Loin des crimes sordides, la série se concentre sur les amours célèbres qui ont nourri les fantasmes et rempli les colonnes de la presse people.
Le couple choisi, Carolyn Bessette et John F. Kennedy Jr., réunit tous les ingrédients caractéristiques des productions Murphy : un soupçon de scandale, des médias avides, et surtout cet univers unique mêlant glamour et pouvoir, particulièrement savoureux sur petit écran.
Une plongée dans le New York des années 1990
Soutenue par une bande-son puisant dans le meilleur de la pop de la fin du siècle dernier – Talk Talk, Cocteau Twins, Duran Duran, Kate Bush – la série nous replonge dans le New York des années 1990 grâce à une succession de flash-back. La caméra virevolte dans les rues, s'attarde sur les kiosques croulant sous les Unes de magazines, et restitue habilement l'énergie de la Grosse Pomme.
Malheureusement, la narration sombre parfois trop facilement dans le catalogue des clichés de la romance bon marché : premier regard, première rencontre, premier rendez-vous, premier impair... jusqu'à la première trahison. Une approche qui peut laisser le spectateur sur sa faim.
Un casting soigné et symbolique
Cette série de neuf épisodes se feuillette comme un magazine people chic, plus Vanity Fair que Voici. Une attention maniaque est portée aux costumes, enjeu crucial pour redonner vie à Carolyn Bessette. Les premières photos avaient d'ailleurs provoqué une fronde chez les amateurs de mode, mécontents de la représentation de leur égérie.
Le casting principal affiche une ressemblance troublante avec les modèles : Sarah Pidgeon, révélée dans The Wilds, incarne Carolyn Bessette, tandis que Paul Anthony campe John F. Kennedy Jr. Parmi les seconds rôles, on retrouve des visages immédiatement reconnaissables comme Daryl Hannah, Michael Bergin ou Annette Bening.
Quant à Naomi Watts, habituée des productions Murphy, elle propose une Jackie Kennedy un brin austère mais touchante, sans jamais surjouer. Le troisième épisode consacré à sa disparition est d'ailleurs probablement le plus réussi de la série.
Ryan Murphy et son jeu de miroirs
Le producteur, qui affectionne les jeux de miroirs, assume des choix de casting symboliques. Pour incarner la sœur aînée de John, il a choisi Grace Gummer, fille de Meryl Streep dans la vie réelle. Dree Hemingway, petite-fille d'Ernest et fille de Margaux, prête quant à elle ses traits à Daryl Hannah. Tout est affaire de lignées dans cette mise en abyme hollywoodienne.
Un couple spectacle face à l'Amérique contemporaine
La série s'attarde longuement sur ce couple objet d'une fascination quasi monarchique, photographié en permanence, abonné aux Unes glacées comme aux clichés volés. Ils incarnent un « power couple » avant l'heure : le prince américain et l'icône de la mode.
Face à ce couple idéalisé, nimbé d'une aura nostalgique, vient s'entrelacer un autre imaginaire américain : celui des années 1990, policée, sans réseaux sociaux, qui se heurte brutalement à l'Amérique actuelle de Donald et Melania Trump. Ryan Murphy ne dissimule guère sa préférence pour le raffinement et une certaine idée de la distinction.
Cette prise de position devient encore plus politique quand on sait que Robert Kennedy Jr, neveu de JFK et antivax notoire, occupe le poste de ministre de la Santé dans le gouvernement Trump. Un symbole fort d'un clan Kennedy qui ne fait plus tellement rêver.
Une œuvre véritablement captivante ?
La trajectoire tragique du couple exerce toujours un vrai pouvoir d'attraction, et le scénario exploite habilement les multiples ressorts romanesques – quitte à insister lourdement sur la notion de destin, fil rouge parfois usé jusqu'à la corde.
Devant cette production léchée, on ne peut s'empêcher de songer aux adaptations en feuilletons clinquants des romans de Judith Krantz dont les années 1980 étaient si friandes. Elles exploitaient déjà cette même fascination pour des fresques mêlant pouvoir, luxe et passions. Ryan Murphy en serait-il l'héritier talentueux ?
Love Story : Carolyn Bessette et John F. Kennedy, série en 9 épisodes, est disponible sur Disney+ depuis le 13 février 2026.



