« Les dimanches » : un film espagnol primé arrive enfin en salles
Le magnifique long métrage « Les dimanches » de la cinéaste espagnole Alauda Ruiz de Azúa débarque enfin dans les salles obscures françaises. Ce film, qui a remporté l'Antigone d'or lors du dernier Festival international du cinéma méditerranéen (Cinemed) à Montpellier, offre une réflexion remarquable et nuancée sur les tensions entre vocation religieuse et dynamiques familiales.
Une vocation religieuse qui bouleverse une famille
Le récit suit Ainara, une lycéenne de 17 ans scolarisée dans un établissement catholique, qui annonce à sa famille son désir d'effectuer une période de discernement vocationnel dans un couvent, avec l'ambition potentielle de devenir religieuse. Cette révélation inattendue provoque des réactions contrastées au sein du clan familial.
Le père d'Ainara, veuf en pleine reconstruction personnelle, doit gérer simultanément :
- Son restaurant qui l'a conduit à un endettement important
- Sa nouvelle compagne
- Ses deux autres filles plus jeunes
Bien qu'ayant lui-même fréquenté le même établissement religieux dans sa jeunesse, il apparaît dépassé par cette crise adolescente singulière. La grand-mère, dont la table dominicale après la messe constitue le point de ralliement familial traditionnel, se montre également quelque peu déstabilisée par l'annonce.
Le conflit des valeurs entre tante et nièce
C'est cependant la tante d'Ainara, dont la jeune fille est particulièrement proche, qui exprime les inquiétudes les plus vives. Cette femme ouverte, féministe et athée, tout en respectant la foi de sa nièce, considère son choix comme prématuré et souhaite tenter de l'infléchir. Ce conflit de valeurs générationnel et philosophique constitue l'un des axes majeurs du film.
Une cinéaste au sommet de son art
Signé par Alauda Ruiz de Azúa, qui avait déjà exploré les questions de féminité dans son précédent long métrage Lullaby (2022) et la mini-série Querer (2024), « Les dimanches » se distingue par sa construction narrative exceptionnelle. Le film, remarquablement écrit, filmé et interprété, prend le temps nécessaire pour brosser un portrait complexe et nuancé d'une adolescente contemporaine.
Ainara se trouve à la croisée de chemins existentiels fondamentaux :
- Le charnel et le séculier
- Le spirituel et l'ecclésiastique
- L'ouverture au monde et le retrait monastique
Un suspense dialectique captivant
Pendant près de deux heures, le spectateur accompagne la progression d'Ainara sur son chemin spirituel tout en suivant les tentatives de sa tante pour l'en détourner. Le film développe ainsi un suspense cérébral d'une tension dialectique presque insoutenable, sans jamais prendre parti ouvertement, ou alors avec une subtilité telle qu'elle laisse le public en réflexion profonde.
Avec des interprétations remarquables de Blanca Soroa, Patricia López Arnaiz et Juan Minujin, « Les dimanches » s'impose comme une œuvre cinématographique à la fois esthétiquement belle et émotionnellement puissante, qui mérite amplement son prix et l'attention du public.



