La fin d'une expérience unique en France pour la danse contemporaine
La classe préparatoire de l'Atlantique Ballet Contemporain (ABC) demeure bien ancrée au sein du Conservatoire de musique et de danse de La Rochelle. Cependant, une page se tourne pour la formation supérieure : l'Agglomération de La Rochelle a décidé de ne plus financer le diplôme universitaire (DU) qui avait été lancé avec succès à la rentrée 2022.
Une référence culturelle rochelaise depuis plus de dix ans
Si l'acronyme ABC reste méconnu du grand public, il représente une institution reconnue par tous les acteurs culturels de la ville. Depuis plus d'une décennie, cette classe préparatoire, intégrée au Conservatoire et entièrement financée par la Communauté d'agglomération de La Rochelle, forme chaque année environ trente jeunes danseurs talentueux. Ces artistes en herbe sont ensuite en mesure d'intégrer des compagnies prestigieuses, tant en France qu'à l'international.
Depuis 2017, la direction artistique est assurée par Christophe Béranger et Jonathan Pranlas-Descours, danseurs et chorégraphes à la tête de la compagnie Sine Qua Non Art. Sous leur impulsion, la classe a gagné en notoriété et en excellence, au point d'obtenir en 2022 la création d'un diplôme universitaire sur deux ans. Cette formation unique en France résultait d'une convention signée entre l'Agglo et l'université.
Une décision budgétaire qui met fin à l'expérience universitaire
Quatre promotions plus tard, le cursus universitaire de danse disparaîtra à la rentrée 2026-2027. Vincent Coppolani, vice-président en charge des équipements culturels communautaires, a officiellement informé les principaux concernés de cette décision par courrier. L'Agglomération ne renouvellera pas la convention qui soutenait ce diplôme.
« Dans le contexte actuel, nous devions réaliser des économies. L'ABC coûtait près de 100 000 euros par an », explique l'élu. « Nous avons demandé des efforts à tous les services. Le DU de l'ABC était une expérimentation sur deux ans que nous avons prolongée. Cette formation mobilisait de nombreux enseignants et intervenants, mais elle ne correspondait pas aux filières artistiques traditionnelles de l'université. Ce n'était pas viable sur le long terme, nous avons donc choisi de nous recentrer sur le Conservatoire ».
Une profonde déception pour les responsables artistiques
Pour Christophe Béranger, cette annonce représente un véritable coup dur. « Je trouve cela extrêmement triste. C'était une formation qui fonctionnait parfaitement », regrette le chorégraphe rochelais. Malgré sa ténacité et ses propositions pour créer un nouveau projet avec un statut juridique différent – une maquette avait même reçu un pré-accord universitaire – les discussions sont restées sans suite pendant plusieurs mois.
« La situation de la danse dans les universités est très fragile. À Bordeaux, la licence est suspendue ; à Poitiers, un professeur à la retraite ne sera pas remplacé. C'est un péril pour les artistes indépendants et les compagnies. Cette décision unilatérale ne prend pas en compte les préoccupations des étudiants », déplore Christophe Béranger.
La classe préparatoire préservée au Conservatoire
Si le diplôme universitaire est sacrifié, la classe préparatoire, elle, est bel et bien maintenue au sein du Conservatoire de musique et de danse. L'arrivée récente de Myriam Sibaï, nouvelle directrice et ancienne danseuse contemporaine, a certainement joué un rôle positif dans la préservation de cette formation qui a fait ses preuves.
Dès la prochaine rentrée, l'ABC reprendra son cycle de deux ans sous la direction artistique du duo de Sine Qua Non Art. Cette continuité assure la pérennité d'une formation d'excellence qui continue de préparer les jeunes danseurs aux exigences du monde professionnel de la danse contemporaine.



