« La Poupée » : une comédie féministe et tendre sur la déréification
En salle depuis ce mercredi, « La Poupée » de Sophie Beaulieu offre un conte drôle et touchant sur l'émancipation d'une femme-objet manufacturée. Avec des performances impeccables et attachantes de Zoé Marchal et Vincent Macaigne, ce premier long métrage réussit une chouette comédie féministe à partir d'une idée aussi absurde que potentiellement scabreuse.
Une prémisse absurde au service d'une fable moderne
Le film n'est pas le premier à s'emparer des poupées en silicone hyperréalistes, évoquant des œuvres comme Monique d'Albert Dupontel en France, Air Doll de Hirokazu Kore-eda au Japon, ou Une fiancée pas comme les autres avec Ryan Gosling aux États-Unis. Cependant, Sophie Beaulieu apporte une perspective résolument contemporaine.
L'histoire suit Rémi, interprété par Vincent Macaigne, un VRP en gazon synthétique dans le Jura, solitaire et encore marqué par une ancienne relation. Il trouve un semblant d'équilibre avec Audrey, sa poupée silicone, avec qui il discute constamment et à qui il invente une vie passionnante, incluant même des sessions de parapente. Mais cet équilibre précaire vole en éclats lorsque deux nouveautés surviennent : l'arrivée d'une nouvelle collègue, une femme naturelle et sensible jouée par Cécile De France, et le réveil soudain d'Audrey, littéralement vivante, incarnée par Zoé Marchal.
Éviter les clichés pour une émancipation authentique
Plutôt que de tomber dans le piège d'une rivalité entre femmes pour un homme, un poncif souvent masculin et dépassé, Sophie Beaulieu choisit de se concentrer sur l'émancipation de son personnage féminin. Audrey, une fois vivante, commence par se conformer à son programme commercial de femme parfaite, toujours prête pour les galipettes et attentive à l'entretien du foyer. Mais, totalement ignorante mais absolument pas sotte, elle déchiffre rapidement l'aliénation de ce schéma et le poids des diktats imposés aux femmes, aspirant alors à expérimenter la liberté.
Rémi, quant à lui, est déstabilisé par cette transformation. Déjà décalé et trop sensible pour adhérer pleinement aux injonctions de la masculinité traditionnelle, il peut compter sur le soutien de sa sœur Domi, jouée par Adèle Journeaux, une lesbienne cool, excentrique et ouverte d'esprit.
Une comédie humble, pétillante et généreuse
Le film de Sophie Beaulieu se situe quelque part entre le cinéma de Bruno Podalydès (Les deux Alfred), le duo Kervern-Delepine (Effacer l'historique) et les frères Farrelly (Mary à tout prix). Il se révèle être une comédie gentiment louftingue et tendrement féministe.
Que ce soit en dénonçant les stéréotypes de genre, en moquant les manières de la start-up nation ou en bousculant les conventions bourgeoises, le film le fait toujours avec une générosité et une positivité remarquables. Pour la réalisatrice, il est clair qu'accepter est préférable à rejeter, et qu'embrasser la vie, l'amour et l'autre, au sens premier du terme – prendre dans ses bras – signifie inclure avec le sourire.
Moralité : « La Poupée » nous a regonflé ! Cette œuvre humble et pétillante prouve que le cinéma peut aborder des sujets complexes avec légèreté et profondeur, offrant une réflexion moderne sur l'identité, la liberté et les relations humaines.



