Il se dégage de Judith Light une forme de grâce. Même la manière dont l’actrice de 77 ans dépose ses lunettes sur le bout de son nez a quelque chose de classe. Ou de naturel. On a tous grandi avec Madame est servie dans le poste de télévision du salon. Elle donnait la réplique à Tony Danza et Alyssa Milano dans une série devenue culte. Iconique. Ce n’est pas un hasard si, en 2020, le festival de Canneseries lui avait remis le prix Icon Award. Une récompense au goût amer car, crise sanitaire oblige, la native de Trenton dans le New Jersey avait dû renoncer à son déplacement cannois et c’est par visioconférence qu’elle avait remercié l’organisation cannoise. Cette fois, c’est en chair et en os que l’actrice a monté les marches du Palais des Festivals, un moment à part puisqu’elle a profité de l’instant pour déposer ses empreintes pour le chemin des étoiles.
Une nouvelle série horrifique
Judith Light n’est donc pas venue à Canneseries pour enjamber les flaques d’eau puisqu’elle présentait également sa nouvelle série, The Terror : Devil in Silver, dont les deux premiers épisodes ont été projetés en avant-première ce lundi soir. Un troisième opus de la série horrifique qui, après l’expédition Franklin en Arctique en 1845 et le Japon en partie irradié au lendemain de la seconde guerre mondiale, se délocalise dans un hôpital psychiatrique du New Jersey dans lequel Judith Light incarne une patiente abandonnée. D’autant plus que le Diable rôde dans les murs de l’établissement… La série continue de questionner sur la paranoïa et l’enfermement, bien loin de la légèreté de Madame est servie.
Un projet porté par des pointures
« C’est un projet produit notamment par Ridley Scott et David W. Zucker, des pointures, je ne pouvais être qu’enthousiaste à l’idée de me lancer dans une telle aventure, lance-t-elle d’emblée. Et puis mon rôle est complexe, compliqué, attrayant. J’ai connu des gens qui souffraient de problèmes de santé mentale, ça m’a toujours marqué et je trouve que le sort que l’on réserve aux malades mentaux, partout dans le monde, mérite que la fiction s’y intéresse. Il faut leur donner une visibilité, ne pas les invisibiliser. »
Diffusée sur AMC aux États-Unis, la série n’a, pour le moment, pas encore de distributeur en France mais vu la qualité du show, cela ne devrait pas être un problème, d’autant que les deux premières saisons avaient trouvé bonheur en France, sur Prime Video.
Un engagement humaniste fort
Très humaniste, engagée dans de nombreuses causes, Judith Light retrouve cette sagesse, et un peu de tristesse, quand on l’amène sur ce qui peut bien la terrifier dans son quotidien : « La façon dont nous traitons les gens qui ne nous ressemblent pas me dévaste. Je suis effrayée de la façon dont notre pays traite ces gens. Je suis profondément perturbée. Et inquiète. Cela m’effraye. Cela m’inquiète. »
Une carrière marquée par la gratitude
Une hauteur et une noblesse d’âme que l’actrice développe aussi dans son rapport à la notoriété. Quand on lui fait remarquer qu’elle a son étoile sur Hollywood Boulevard à Los Angeles mais aussi désormais à côté du Palais des Festivals de Cannes, elle en est presque gênée. Troublée. « Je prends cette marque de respect avec gratitude car si j’ai pu faire une telle carrière, rencontrer et toucher autant de gens c’est parce qu’on a toujours aimé et respecté mon travail. Je mesure que j’ai fait des projets qui, encore aujourd’hui, parlent aux gens, je pense notamment à Madame est servie, qui était une série avant-gardiste. Nous formions une famille sincère et authentique dans ce programme, les gens l’ont senti et c’est pour ça que, quarante ans après, on continue de m’en parler, même dans un pays étranger. »
Un amour pour la France
Il faut dire que la France a toujours été une terre d’accueil pour l’actrice qui, l’an dernier déjà, avait pu constater que sa notoriété était intacte lors de sa venue au Festival de Télévision de Monte-Carlo. « J’adore la France », aime-t-elle préciser. Et mine de rien, avoir ses empreintes dans le sol cannois n’est pas si anodin pour l’actrice. « Cannes, c’est le lieu où il faut être. C’est le lieu où on veut tous être quand on est acteur. C’est le lieu qui parle vraiment de notre industrie, de notre art et de notre créativité. C’est notre famille. »
Personnalité touchante, iconique, et représentative d’un pan de la culture populaire, Judith Light a illuminé Cannes de sa présence. Et ça n’a rien à avoir avec son ensemble jaune du plus bel effet.



