Il existe une grande tradition de concerts filmés par des cinéastes. Jonathan Demme immortalisant Talking Heads dans Stop Making Sense en 1984, Martin Scorsese captant The Band dans The Last Waltz en 1978, ou les Rolling Stones dans Shine a Light en 2008. C'est au tour de James Cameron de se mettre, pour la première fois, au service d'une chanteuse. À 71 ans, le réalisateur d'Avatar accompagne la tornade californienne Billie Eilish, sacrée de dix Grammy Awards et de deux Oscars à seulement 24 ans, qu'il a suivie sur quatre dates à Manchester lors de sa tournée internationale Hit Me Hard and Soft, lancée en 2024.
De cette collaboration entre deux créateurs à l'obsession partagée du spectacle découle Hit Me Hard and Soft : The Tour (Live in 3D), en salle le 7 mai, pour deux jours seulement. Une expérience sensorielle de 90 minutes, impressionnante de réalisme dans son approche sonore, fidèle au concert millimétré de la chanteuse américaine. Entre deux tubes aux milliards d'écoutes repris en chœur par des milliers de fans, James Cameron filme Billie Eilish lors de sa préparation vocale. Il ne cache rien de la réalité de ce métier : « Vous voyez ces éraflures sur mes mains ? » montre-t-elle dans le film, évoquant la violence des fans.
Le film laisse aussi affleurer la solitude que charrie le succès, des larmes en loge à la lecture d'une lettre de son frère et producteur Finneas O'Connell pour leur première tournée séparée. Mais Billie Eilish veille désormais à préserver sa vie privée, cinq ans après Billie Eilish : The World's a Little Blurry, le documentaire de R. J. Cutler, qui a suivi pendant trois ans l'adolescente percutée à mille à l'heure par un succès sans limite.
Avec sa profusion de caméras embarquées, ses gros plans appuyés et ses très maigres moments privilégiés avec la pop star adulée, Hit Me Hard and Soft : The Tour (Live in 3D) penche davantage vers un fan service maîtrisé que vers le portrait intime espéré, tandis que la 3D s'avère franchement dispensable. Reste un film dont le cœur bat dans le lien entre l'artiste et son public, les visages défigurés d'émotion de fans prêts à dormir dehors à l'approche de ses concerts. En témoigne l'avant-première parisienne, qui a réuni des centaines de fidèles survoltés, levés de leurs sièges pour chanter à l'unisson les tubes de leur idole. Une manière pour Billie Eilish, en pleine composition de son prochain album, de clore cette ère avec panache – et de nous donner rendez-vous pour la prochaine.



