Une passion qui défie les convenances
En 1948, alors que l'Amérique vit sous la peur du communisme et que le maccarthysme commence à sévir, la star suédoise Ingrid Bergman, âgée de 33 ans, tourne le dos à son mari, le Dr Petter Lindström, et à leur fille Pia, pour suivre le réalisateur italien Roberto Rossellini. Ce dernier, connu pour ses films néoréalistes comme Rome, ville ouverte et Païsa, est alors l'amant de l'actrice Anna Magnani. La liaison entre Bergman et Rossellini commence par une lettre : l'actrice, fascinée par son travail, lui écrit : « Si vous avez besoin d'une actrice suédoise qui parle très bien anglais, qui n'a pas... » (la suite est restée célèbre).
La chute de l'icône hollywoodienne
Ingrid Bergman était la « petite chérie de l'Amérique », une image de vertu construite par Hollywood. Ses rôles dans Casablanca, Pour qui sonne le glas ou Les Enchaînés en avaient fait une star planétaire. Mais sa décision de quitter son mari pour un homme marié, et étranger de surcroît, provoque un tollé. Le Sénat américain la qualifie de « prostituée » et une sénatrice déclare : « Qu'elle brûle en enfer ! » Les journaux attisent la haine : elle est traitée de « femme adultère » et de « mauvaise mère ».
Un exil créatif en Italie
Bergman et Rossellini s'installent en Italie, où ils tournent plusieurs films ensemble, dont Stromboli (1950) et Europe 51 (1952). Leur relation donne naissance à trois enfants : Renato Roberto (1950), Isabella (1952) et Isotta (1954). Malgré l'ostracisme des États-Unis, Bergman continue de travailler en Europe, mais sa carrière hollywoodienne est ruinée. Elle ne reviendra à Hollywood qu'en 1956, après avoir épousé Rossellini, pour tourner Anastasia, qui lui vaudra un Oscar.
Le contexte politique et social
Les années 1950 sont marquées par la guerre froide et le puritanisme. Le code Hays, qui régit la morale au cinéma, interdit les baisers trop longs. Le scandale Bergman-Rossellini devient une affaire politique : leurs films néoréalistes sont accusés de propagande communiste. Rossellini, déjà mal vu pour ses positions de gauche, est diabolisé. Le couple incarne une liberté sexuelle et artistique que l'Amérique conservatrice ne tolère pas.
Un héritage durable
Malgré les attaques, Bergman et Rossellini restent unis jusqu'à leur séparation en 1957. Leur histoire d'amour est aujourd'hui réévaluée comme un symbole de résistance contre les conventions. Ingrid Bergman a elle-même déclaré plus tard : « J'ai tout perdu, mais j'ai gagné ma liberté. » Leur relation a ouvert la voie à d'autres couples transgressifs dans le cinéma et la société.



