Le documentaire 'Holding Liat' peine à trouver des salles en France malgré son message pacifiste
'Holding Liat' : un film pacifiste boudé par les cinémas français

Un film sur la paix confronté à la censure silencieuse des salles françaises

« 17 salles uniquement pour ce film sur le courage… Le courage de la dignité, de l’humanité, de la liberté d’expression. Un film sur ces voix que l’on étouffe. Celles qui combattent tous les extrémistes, celles qui ne cèdent pas à la haine et militent pour la paix… » Sur son compte X, ce mercredi 1er avril, Hugues Peysson, distributeur du documentaire américain Holding Liat, exprime sa profonde déception face à la frilosité des exploitants cinématographiques en France.

Un accueil mitigé pour un récit humaniste

Par peur ou simple biais idéologique – certains exploitants auraient même refusé de visionner l’œuvre – un grand nombre de salles préfèrent ne pas programmer ce documentaire évoquant les événements du 7 octobre, pourtant très mesuré et appelant sans cesse à la paix, primé au Festival de Berlin 2025. Produit par Darren Aronofsky, Holding Liat suit le combat de l’ex-militant pacifiste Yehuda Beinin, citoyen américano-israélien vivant au nord d’Israël avec son épouse Chaya, pour faire libérer leur fille Liat, enseignante de 47 ans kidnappée par le Hamas avec son époux Aviv, le 7 octobre 2023, au kibboutz de Nir Oz.

Le récit, tendu et sans temps mort, suit les infatigables démarches de Yehuda auprès du Congrès à Washington mais aussi dans les médias américains, pour sensibiliser l’opinion à l’urgence de négociations de paix, seule solution viable selon lui pour obtenir la libération des otages. On peut certes légitimement questionner la tendance de Holding Liat à renvoyer dos à dos – via les opinions de certains intervenants – la barbarie du Hamas et la réponse militaire meurtrière privilégiée par le gouvernement Netanyahou dans Gaza. Mais le film de Brandon Kramer n’en reste pas moins exemplaire d’honnêteté et d’équité dans sa volonté d’exposer tous les points de vue lézardant la société israélienne depuis le 7 octobre.

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Une distribution limitée malgré les qualités artistiques

« Ce n’est pas un doc sur le 7 octobre, c’est un film sur l’expérience d’une famille », résume le réalisateur. Et à travers les déchirements au sein du clan Beinin – entre les pacifistes et les va-t-en-guerre – le récit encapsule avec un miraculeux sens de l’équilibre toutes les fractures du peuple israélien, toujours vives plus de trois ans après l’innommable tragédie. Hélas, ni ses qualités artistiques, ni son message fermement pacifiste n’ont suffi à rendre Holding Liat fréquentable aux yeux d’une partie des exploitants, peu ardents à le défendre.

À titre de comparaison, en novembre 2024, le documentaire palestino-norvégien No Other Land (réalisé par un collectif de quatre activistes palestiniens et israéliens), également distribué par la société L’Atelier d’images de Hugues Peysson, était quant à lui sorti sur 51 écrans. « Un film est clairement mieux soutenu par les salles quand il traite ce conflit d’un côté plutôt que de l’autre », commente Hugues Peysson, jugeant que « Holding Liat aurait mérité au moins plus du double de salles. Mais certains exploitants ne veulent pas avoir d’emmerdements ».

Une présence réduite dans les salles françaises

À Paris, ce mercredi 1er avril, le film est projeté dans trois cinémas : le MK2 Beaubourg, le Trois Luxembourg et le MK2 Nation. Il est également visible à Cannes, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble ou encore Marseille. Dix-sept salles au total, donc, dans toute la France métropolitaine. Alors que le simple fait de montrer aussi la douleur d’une famille israélienne touchée par le 7 octobre semble être devenu tabou, il est vivement recommandé de découvrir Holding Liat au plus vite.

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Les coulisses du tournage et les réactions du public

Proche de la famille Beinin, le documentariste basé à Washington Brandon Kramer revient sur les conditions rugueuses d’un tournage dans l’urgence, sur l’aide de Darren Aronofsky et sur l’onde de lumière qu’il aimerait tant voir propagée – un peu naïvement peut-être – par cette œuvre humaniste, appelant à la concorde malgré les ténèbres. Lors de la projection au Festival de Berlin en 2025, dont il est reparti avec le Prix du meilleur documentaire, Kramer avoue avoir été terrifié. La salle était comble, entre 500 et 600 personnes, et la première réaction fut un acte d’empathie d’un habitant du Liban, marquant un moment fort de réconciliation symbolique.

Malgré cela, seules 17 salles en France projettent Holding Liat, par refus politique ou par peur de troubles à l’ordre public. Kramer confie que 99 % du temps, les programmations se sont bien passées, avec des projections dans des dizaines de festivals, synagogues, et centres communautaires, mais il reconnaît quelques refus isolés. Il explique que la réalisation de ce film a été un exercice de presque trois ans de confrontation à la peur, à chaque étape du tournage et du montage, visant à présenter une vision complexe et honnête sans fournir de réponses faciles.