Fabien Béziat et Hugues Nancy, originaires d'Oloron et de Pau, ont coréalisé un film retraçant l'histoire du Front populaire, la formation politique qui a offert aux Français la semaine de 40 heures, les congés payés et le droit du travail. Ce documentaire, intitulé « 1936, le Front populaire entre joie et colères », sera diffusé en prime time sur France 3 ce mercredi à 21 h 10.
Un contexte historique qui fait écho à notre époque
Le film plonge le spectateur dans une période difficile pour la France, marquée par une crise économique et rurale profonde, des fractures politiques avec une droite alliée à l'extrême droite pour préserver les privilèges de la bourgeoisie, et des mouvements de gauche unis contre la menace fasciste. Sans majorité claire à l'Assemblée nationale, le tout dans un climat international dégradé avec plusieurs conflits ouverts. Si cette description évoque la période actuelle, il s'agit en réalité de la France de 1936.
Les parallèles sont frappants, comme le souligne le documentaire. L'écriture du film, prévue pour le 90e anniversaire du Front populaire, a débuté il y a deux ans, juste avant que le Nouveau Front populaire ne fasse son apparition lors des législatives de 2024. Cette union des forces de gauche, bien que de courte durée, rappelle son modèle d'avant-guerre, à la différence notable que celui-ci a gouverné et transformé profondément les réalités sociales du pays.
Des différences notables avec la crise actuelle
Fabien Béziat observe que la violence de la crise économique des années 1930 est incomparable avec celle d'aujourd'hui. « Des millions de gens se sont retrouvés au chômage. Les conditions des travailleurs étaient délétères avant l'arrivée du Front populaire : 12 heures par jour, 60 heures par semaine, pas de droit syndical ni social. »
Grèves massives et conquêtes sociales
Contrairement à une idée reçue, les grandes lois sociales de 1936 n'étaient pas inscrites dans le programme du Front populaire. « Il n'y avait ni les 40 heures ni les congés payés. Tout cela est arrivé grâce à des grèves massives, aux syndicats et à Léon Blum », rappelle Béziat. Ces grèves, nées après la victoire du Front populaire aux législatives, ont rapidement gagné le pays, notamment après que des patrons ont licencié des grévistes. Les conquêtes sociales ont donc été arrachées par la lutte ouvrière et paysanne.
Des archives inédites
Le documentaire s'appuie sur des archives précieuses, longtemps restées sous le joug allemand puis russe. Spoliées par les Allemands en 1940 pour obtenir des informations sur les militants, ces documents sont revenus en France il y a 20 ans. Leur étude a permis de mieux comprendre cette période.
Un peuple fracturé
Le film casse le mythe d'un peuple uni derrière le Front populaire. « La population était très fracturée, c'était du 50/50 si l'on ne s'en réfère qu'aux adhésions des partis. L'extrême droite était très influente, très présente dans la presse », explique le réalisateur. Des journaux comme « L'Action française » propageaient des idées antisémites et collaborationnistes.
La fin du Front populaire
Plusieurs facteurs ont précipité la fin du Front populaire : la fuite des capitaux vers la Suisse, le réarmement coûteux du pays face à la menace de guerre, l'inflation galopante et la paupérisation des classes moyennes. Les radicaux, craignant de perdre leur influence, se sont tournés vers la droite. En 1938, moins de deux ans après son accession au pouvoir, le Front populaire s'effondre. L'année suivante, la France entre dans la Seconde Guerre mondiale.
« Ce qui est effrayant au jeu des comparaisons, c'est la suite. Où est-ce qu'on va aujourd'hui ? », interroge Fabien Béziat. Le Front populaire a pourtant laissé un héritage considérable : une éducation équitable, la démocratisation du théâtre, de la littérature, du cinéma, des sports et des loisirs. « Les hommes ont montré qu'ils pouvaient s'émanciper et se relever. »



