« Fils de » : une plongée délirante et pertinente dans les arcanes du pouvoir
Ce soir à 21h10 sur Canal+, ne manquez pas « Fils de », le premier long-métrage vivifiant de Carlos Abascal Peiró. Cette comédie française, sortie en 2025, propose une satire politique endiablée qui évite avec brio les écueils des récits à clés trop prévisibles. L'ancien journaliste politique espagnol, installé à Paris depuis dix ans, préfère laisser le délire gouverner plutôt que de recycler ses souvenirs de presse.
Une ouverture tonitruante et un ton unique
Le film démarre sur les chapeaux de roues avec une orgie clandestine d'ortolans, suivie d'un attentat aux œufs piégés par un commando d'écolos-terroristes farceurs, et une dégustation involontaire d'un burger au placenta. Cette introduction folle donne immédiatement le ton : « Fils de » n'est pas une satire conventionnelle. Carlos Abascal Peiró se méfie du réel et fait le pari gagnant de privilégier des allusions à Julio Iglesias plutôt qu'à la macronie, évitant ainsi les pièges de l'actualité éphémère.
Une critique acérée du milieu politique
Malgré sa fantaisie échevelée, le film s'amuse avec pertinence de l'inanité des éléments de langage politiques, de la religion du name-dropping pratiquée comme une addiction par de petits barons voraces, et de la prédominance des ego sur l'idéologie. Il dépeint avec justesse comment les convictions de gauche, à l'approche du pouvoir, peuvent s'évanouir dans le néant. La course folle au poste de Premier ministre, menée par l'entourage hétéroclite d'un président fraîchement élu, sert de toile de fond à cette exploration mordante.
Une maîtrise cinématographique remarquable
La réussite de « Fils de » tient à sa grâce de funambule, témoignant d'une maîtrise ébouriffante de l'outil cinéma. La gestion précise des affects des personnages, des gimmicks gaguesques et du rythme pétaradant révèle un regard à la fois expert et amoureux posé sur le vivarium politique. Les acteurs contribuent grandement à cette alchimie : François Cluzet en filou matois, Karin Viard dans la peau d'une cacique de l'ombre grivoise et pétulante, et Alex Lutz forment une brochette de vieux briscards cabots qui confèrent à l'ensemble rondeur et truculence.
Jean Chevalier, le « fils de » aux multiples facettes
Au cœur de l'intrigue, Jean Chevalier incarne le personnage titre avec une belle élasticité. Faux mou, faux gentil, champion en puissance, il est redoutable dans l'art de combiner rouerie et manières d'ectoplasme. Sa performance ajoute une couche de complexité à cette satire déjà riche, faisant de lui un anti-héros aussi attachant que déroutant.
Diffusion : Mardi 31 mars à 21h10 sur Canal+. Comédie française de Carlos Abascal Peiró (2025). Avec Jean Chevalier, François Cluzet, Karin Viard, Alex Lutz. Durée : 1h45. Disponible à la demande sur myCANAL.



