À Vienne, en Autriche, la chanson « Regarde ! » a dû se contenter de la 11e place de l'Eurovision 2026 ce samedi. Interprétée par Monroe, elle a longtemps figuré parmi les favorites pour remporter cette 70e édition. Mais au fil de la finale, sa cote d'amour et ses chances de victoire ont progressivement chuté. « 20 Minutes » vous raconte l'histoire de ce morceau qui a failli ne pas concourir.
Genèse du projet
À la fin de l'été, la cheffe de la délégation française, Alexandra Redde-Amiel, a multiplié les contacts avec des artistes, leurs entourages et leurs maisons de disques pour préparer la candidature à l'Eurovision 2026. Parmi les pistes envisagées, celle de Monroe, gagnante de l'émission « Prodiges » quelques mois plus tôt sur France 2. Âgée de 17 ans, la chanteuse est bien connue d'Alexandra Redde-Amiel, également cheffe des divertissements de France Télévisions. Les échanges restent alors à l'état de discussions, sans engagement ferme. L'objectif premier est de préparer l'Eurovision Junior avec Lou Deleuze, qui remportera le concours en décembre en interprétant « Ce monde ».
Naissance de la chanson
C'est d'ailleurs cette chanson qui, indirectement, donnera naissance à « Regarde ! ». Le duo Violin Phonix, fort de plus de 20 millions d'abonnés sur les réseaux sociaux, contacte Lou Deleuze pour tourner l'un de leurs flashmobs, dont ils ont fait une spécialité. « On a fait un arrangement de "Ce monde" sur une vidéo qui a comptabilisé 150 millions de vues », expliquent à « 20 Minutes » les deux violonistes, Christopher Cohen et Maxime Morise. Au même moment, en novembre, ils sortent une vidéo de leur premier morceau, « Silence », qui attire l'attention de France Télévisions.
Les équipes du diffuseur public proposent alors aux Violin Phonix de travailler sur un morceau pour l'Eurovision. « On leur a envoyé une maquette, qui leur a beaucoup plu. À partir de là, nous avons été rejoints par d'autres compositeurs, Fred Savio et Fredie Marche. Nous avons commencé le 2 janvier et passé deux mois intenses en studio », résument les deux musiciens.
Collaboration créative
Les Violin Phonix avaient pour mission d'apporter une dimension opératique au morceau, tandis que les deux autres compositeurs devaient y mêler une touche pop. « Fred Savio ne fait que de la réalisation ultra-pop moderne. Il voulait mettre toujours plus de production, et nous davantage de violons et d'orchestre, sourient les violonistes. Il fallait faire correspondre les univers. C'était très sympa ! »
De la maquette initiale des violonistes, « la seule chose qui est restée, c'est l'introduction ». Les discussions avec la délégation ont été nombreuses et les versions différentes se sont multipliées. « Quand Monroe est arrivée sur la chanson, elle a une telle musicalité qu'elle nous a proposé énormément de choses folles. Sa manière de faire nous a permis de coudre la chanson autour d'elle », confie Alexandra Redde-Amiel. « Monroe était très présente avec nous. Nous l'avons challengée et ce qui en est ressorti est très intéressant », saluent les Violin Phonix.
Concurrence et sélection
Pendant la création de ce qui deviendra « Regarde ! », l'équipe n'a pas la certitude que la chanson sera retenue. Un autre artiste, Claudio Capéo, était également en lice avec un morceau original. Mais les Violin Phonix avaient un bon pressentiment. « Nous avions une bonne communication avec Alexandra. Nous étions tous très contents de la tournure que cela prenait. Nous sentions que cela allait se faire. »
L'annonce à Monroe
Monroe se souvient très bien du jour où elle a appris qu'elle irait à l'Eurovision. « Nous étions dans le studio. Ce jour-là, il y avait beaucoup plus de monde que d'habitude. Généralement, il n'y avait que les quatre compositeurs et moi. Je pensais qu'Alexandra Redde-Amiel était là pour mes derniers essais de voix avant qu'elle prenne sa décision. Je suis entrée dans la cabine, j'ai commencé à chanter et Alex m'a interrompue : "Ça va, tu peux t'arrêter ! C'est toi qui vas représenter la France à l'Eurovision !" Sur le moment, je n'ai pas compris. Je croyais qu'elle me donnait des indications, alors j'ai répondu machinalement "Ah, OK, oui." Puis j'ai compris ! Nous en avons bien ri », a-t-elle raconté jeudi lors d'une rencontre avec les médias à l'ambassade de France de Vienne.
La suite de l'aventure
Quelques heures plus tard, elle chantait « Regarde ! » sur la scène de la Stadthalle lors de la demi-finale retransmise en direct. Après cette première prestation publique, les bookmakers ont revu ses chances de victoire à la baisse. Et l'on connaît la suite de l'histoire, du moins en partie. La vie d'une chanson ne s'arrête pas forcément à un classement décevant en finale de l'Eurovision. « Deslocado », du groupe portugais Napa, s'est classée 21e en finale l'an passé avant de devenir le plus gros succès commercial de cette édition. En 2022, « Snap » de l'Arménienne Rosa Linn, après une 20e place, s'est transformé en tube international.



