Julie Bonniec, comédienne de doublage bordelaise, s'adapte face à la menace de l'IA
Doublage à Bordeaux : une comédienne face au défi de l'IA

Une comédienne de doublage bordelaise dans son studio improvisé

Dans son appartement situé près de la place de la Victoire à Bordeaux, Julie Bonniec a aménagé un studio d'enregistrement spartiate mais fonctionnel. Entourée de couvertures de déménagement pour l'isolation acoustique, cette comédienne de trente ans double des personnages de séries, de longs-métrages et surtout de micro-dramas, ces feuilletons très courts originaires d'Asie qui se consomment sur smartphone entre deux stations de tram.

Un métier accessible grâce au bricolage et à la débrouillardise

« Il faut un endroit très silencieux », confie Julie Bonniec, qui a suivi un tutoriel en ligne intitulé « Comment fabriquer un studio d'enregistrement à moins de 200 euros ? ». Sans prétention financière démesurée, elle vit de cette activité depuis quelques mois. « Je ne suis pas la voix officielle de Julia Roberts », précise-t-elle avec humour, mais elle apparaît au générique d'une série anglaise (Sanctuary : crime et sorcellerie) et bientôt de deux longs-métrages, dont un film d'action destiné à une plateforme de vidéo à la demande.

Formée au cours Florent pendant un an, elle maîtrise différentes modulations vocales : « Je peux jouer une vieille dame, une petite fille ou une femme, cela m'est même arrivé de doubler trois personnages différents dans le même drama ». Pour les micro-dramas, elle est payée à la ligne de doublage, ce qui lui rapporte entre 30 et 40 euros de l'heure en moyenne. « En étant organisée, je gagne honnêtement ma vie et je m'en contente », explique-t-elle.

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Le rêve d'un studio professionnel et la réalité d'un milieu fermé

Julie Bonniec aspire évidemment à travailler dans un vrai studio professionnel. « Le rêve, ce serait de doubler avec d'autres comédiens », avoue-t-elle, tout en reconnaissant que le milieu du doublage reste très fermé. « Dès l'école, on nous a avertis qu'il s'agissait d'un monde qui pouvait décourager ». Elle décroche souvent des rôles de méchantes, parfois celui de l'héroïne, tissant progressivement son réseau dans l'industrie.

La menace grandissante de l'intelligence artificielle

Une concurrence bien plus inquiétante plane cependant sur son métier : les voix générées par intelligence artificielle. Lors de la dernière cérémonie des César, Emmanuel Curtil, la voix française de Jim Carrey, a lancé un appel vibrant pour un doublage « par des voix humaines, des émotions humaines pour un public humain ». Il a interpellé la ministre de la Culture sur les dangers de l'IA, réclamant une législation pour protéger les artistes face aux géants de la tech.

Une mobilisation croissante des professionnels

Une pétition intitulée #TouchepasmaVF, lancée il y a plus de deux ans, a déjà recueilli plus de 250 000 signatures sur ce sujet. Julie Bonniec l'a naturellement signée, tout en restant lucide sur l'évolution technologique : « Tout va tellement vite dans ce domaine. Il y a encore quelque temps, un doublage par IA sonnait complètement faux. Aujourd'hui, sur certains projets, cela semble naturel ».

Elle suspecte même certaines séries d'utiliser déjà ces technologies. « Je sais que mon métier peut un jour s'arrêter. En attendant, j'en profite ! », conclut-elle avec philosophie, déterminée à continuer son activité tant que la demande pour des voix humaines persiste.

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