Diego Céspedes, un Almodóvar chilien ? Son film queer primé à Cannes explore le sida dans les années 1980
Diego Céspedes serait-il le Pedro Almodóvar chilien ? Cette question se pose à la découverte de son premier long-métrage, Le Mystérieux Regard du flamant rose. Né en 1995 à Santiago, le réalisateur déploie dans cette œuvre des personnages et des drama queens qui rappellent les mélodrames de son illustre aîné espagnol, né en 1949.
Un western queer primé au Festival de Cannes
Le film, lauréat du prix Un certain regard au Festival de Cannes, s'inscrit dans la lignée des récits audacieux. Il s'ouvre dans un désert peuplé de mineurs, des hommes déjà abîmés par le travail, qui succombent les uns après les autres à une étrange maladie surnommée « la peste ». Selon la rumeur, ce virus se transmettrait par un simple regard, et aurait été contracté dans un cabaret de travestis.
Le Chili des années 1980 : entre industrie minière et pandémie du sida
Diego Céspedes situe son intrigue dans les années 1980, une période charnière pour le Chili. L'industrie minière battait alors son plein, offrant un contexte économique florissant mais brutal. C'était aussi le début de la pandémie du sida, un fléau qui frappa durement la société, souvent dans l'ombre et la stigmatisation.
À travers les yeux de Lidia, une adolescente interprétée par Tamara Cortes, le spectateur découvre un monde d'adultes meurtris. D'un côté, des hommes aux désirs refoulés, prisonniers des normes sociales ; de l'autre, des travestis harcelés, luttant pour leur survie et leur dignité. Ce récit explore ainsi les tensions entre désir, identité et mortalité.
Un hommage à la movida et aux mélos d'Almodóvar
Pedro Almodóvar a débuté sa carrière dans les années 1980, avec des films comme La Loi du désir en 1988, en pleine movida espagnole. Diego Céspedes puise dans cette même époque pour son film, créant un écho entre les deux cinéastes. Son approche mêle le genre du western à une esthétique queer, offrant une vision poétique et critique des réalités chiliennes.
Le Mystérieux Regard du flamant rose se distingue par sa capacité à aborder des thèmes lourds avec une sensibilité artistique remarquable. Il interroge la manière dont les sociétés font face aux crises, qu'elles soient sanitaires ou sociales, tout en célébrant la résilience des communautés marginalisées.
Ce film marque l'arrivée d'un nouveau talent dans le paysage cinématographique, capable de conjuguer héritage culturel et innovation narrative. Sa reconnaissance à Cannes souligne l'importance des voix émergentes qui osent repousser les frontières du cinéma contemporain.



