Encore un film de requins au cinéma ? Oui, sauf que dans Dangerous Animals, ce ne sont pas forcément eux les monstres ! Les Dangerous Animals du titre ne sont pas ceux que l'on croit. Enfin, pas seulement !
Un film qui bouscule les clichés
L'excellente série B Dangerous Animals se distingue du tout-venant de la poissonnerie gore en montrant que le pire prédateur reste et demeure l'humain, et en optant pour une héroïne battante. On a beau savoir que les méduses tuent dix fois plus que les requins (environ une centaine par an, ce qui reste ridicule comparé à la cigarette et surtout à la bêtise humaine), rien n'y fait : le squale archi denté file toujours plus la trouille que la gelée ultra-salée, et ce à cause du premier des blockbusters, dont on a fêté le 20 juin le 50e anniversaire : Les dents de la mer, de Steven Spielberg.
Un filon sélacophile sanglant
Contrairement à ce que notre mémoire de poisson rouge nous souffle, le succès monstre des mâchoires n'a pas immédiatement entraîné une déferlante de succédanés. Mais une vague mode est apparue avec trois suites officielles de moins en moins mordantes et un filet dérivant de démarquages italiens. Ce n'est qu'au tournant des années 2000, avec la démocratisation des effets spéciaux numériques, que les requins refont surface : Peur bleue (1999), Open water (2003), The reef (2010), Bait (2012), Instinct de survie (2015), 47 meters down (2016), USS Indianapolis (2016), En eaux troubles (2018), Dark tide (2018), sans oublier la sharksploitation de série Z comme Sharknado (2013). Et tout cela pour arriver à une conclusion incontestable : on n'a toujours pas fait mieux que les quinquagénaires Dents de la mer. Mais on peut faire différent, non ?
Le pari du réalisateur Sean Byrne
C'est le pari du réalisateur australien Sean Byrne et de son scénariste Nick Lepard, biologiste marin de formation : dans Dangerous Animals, il ne dépeint pas les requins comme des tueurs sanguinaires accros à la viande humaine. Bon, d'accord, ils grignotent encore des bipèdes, mais c'est de la faute de ces derniers, enfin, d'un autre bipède : Tucker (Jay Courtney, vraiment effrayant en mâle alpha pas bêta mais ravagé), un tueur en série qui recrute ses victimes parmi les touristes fascinés par les squales. Avec son bateau, il promet aux touristes le grand frisson d'une immersion au milieu des requins dans une cage sécurisée. Et ensuite ? C'est une autre histoire !
Un huis clos maritime très divertissant
Zéphyr, une surfeuse pure et dure, intrépide et solitaire (Hassie Harrison, repérée dans Yellowstone), vit et circule dans son van, à la recherche des plus beaux tubes de la côte australienne. Un jour, contrainte et forcée, elle dépanne un beau mec, moins superficiel et plus gentil que d'ordinaire. Est-ce cette rencontre qui la rend moins méfiante ? Toujours est-il que, dans la foulée, elle se fait kidnapper par Tucker. Il la séquestre dans les cales de son bateau et compte bien la servir à dîner aux requins avant tard. Évidemment, elle n'est pas d'accord, mais sa mauvaise volonté à mourir déchiquetée suffira-t-elle à la sauver ?
Photographié avec style, bien campé, raconté sans précipitation tout en étant truffé de rebondissements, Dangerous Animals ne triche pas sur sa nature de divertissement horrifique. Mais avec intelligence et malice, il élève son ludisme flippant et violent au niveau supérieur, en se régalant à déjouer les poncifs. Ainsi, la blonde n'est pas écervelée (ce vieux cliché misogyne) mais pas non plus surhumaine (ce nouveau cliché tendance women washing) ; elle est forte, réfléchie et prête à tout pour survivre, devenant un dangereux animal comme son ravisseur. Quant à celui-ci, il a beau prétendre respecter et aimer les requins, il n'en exploite pas moins leur faim innocente à des fins sadiques et homicides : il filme leurs festins pour les visionner ensuite. Tiens, tiens, voudrait-on nous dire quelque chose, à nous cinéphiles ? Au sujet de notre voyeurisme hématophile et sélachophile ? Allons, allons, vous n'y pensez pas, ça serait vraiment trop méchant !



