Damso à Paris La Défense Arena : un concert de rap repensé comme une œuvre théâtrale
Damso : un concert de rap comme une pièce de théâtre

Dans l’obscurité de Paris La Défense Arena, le premier concert d’une série de quatre n’a pas débuté avec l’apparition du rappeur belge Damso. D’étranges créatures ont envahi la scène dans un ballet mystique, sur une musique aux airs d’incantation. Pendant plusieurs minutes, le spectacle a commencé sans qu’aucun morceau ne soit joué. Damso ne se contente pas d’ouvrir un concert : il installe un univers.

Un concert pensé comme une œuvre en cinq actes

Pendant près de deux heures, les 35 000 spectateurs présents ce jeudi 28 mai ont assisté à un show pensé comme une pièce de théâtre, découpé en actes et porté par une véritable progression narrative. Plus qu’un simple concert, Damso propose un spectacle plus complet. Une démarche plutôt rare chez les rappeurs masculins. Alors Damso pousse-t-il le concert de rap dans une nouvelle ère ?

Le BĒYĀH Tour ne ressemble pas vraiment à un concert de rap traditionnel. Pendant près de deux heures, Damso déroule une proposition artistique construite comme une œuvre scénique en cinq actes. Sur scène, 34 danseurs se succèdent aux côtés du rappeur dans des tableaux où se croisent créatures fantastiques, chorégraphies contemporaines, jeux de lumière et costumes évolutifs.

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Derrière cette direction artistique se trouve une équipe composée notamment de Sarah Baltzinger, Isaiah Wilson et Constance Tabourga. Les deux premiers ont également signé les chorégraphies, tandis que les costumes ont été pensés comme des éléments narratifs à part entière, avec vocation d’évoluer entre les différentes dates du show.

Durant près de deux heures, Damso ne s’adresse pratiquement jamais à la salle. Seule invitée ce soir-là : Sarah Sey, première partie du rappeur. Un choix qui semble assumé, laissant chacun libre de sa propre interprétation, à la manière d’un opéra ou d’une exposition.

Un spectacle qui ne peut laisser indifférent

« Je ne savais pas trop quoi en penser », reconnaît ainsi Dylan, 22 ans, quelques minutes après la fin du concert. Le jeune homme salue une scénographie « super intéressante » et « très travaillée », mais se montre plus réservé sur les thèmes et l’univers développés sur scène. « Par contre, on assiste à un vrai spectacle », explique-t-il. « Je pense sincèrement que c’est le concert le plus lunaire que j’ai vu de ma vie », explique un spectateur dans une vidéo publiée sur TikTok après le show. « Je salue le fait qu’il ait fait un effort créatif, un truc artistique qui sort de l’ordinaire, même si je n’ai pas compris. »

Pour d’autres, c’est justement cette dimension artistique qui séduit. « C’est comme une scène de théâtre », estime Sébastien, 45 ans. « On ressent vraiment que le concert commence très sombre et devient plus lumineux ». Cyril, 29 ans, confirme : « Il y a une évolution du personnage. On a connu Damso très sombre, très noir. Au fil des albums, on a vu un chemin différent être pris, plus lumineux. » Pour lui, cette transformation se retrouve directement dans la mise en scène. Même enthousiasme chez une autre spectatrice qui affirme pourtant ne pas écouter Damso sur TikTok. « J’ai adoré le visuel, l’esthétique, les danseurs, la scénographie », résume-t-elle.

Pour Cindy, 31 ans, habituée des concerts de rap, c’est justement cette dimension artistique qui fait la différence. « Ça met vraiment l’art au centre du show. » La spectatrice souligne également que, contrairement à de nombreux concerts où l’artiste reste constamment au centre de l’attention, Damso se met « sur un côté de la scène. Je trouve que l’artiste est vraiment au service de l’art et pas l’inverse. »

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Qu’attendons-nous d’un concert aujourd’hui ?

Aux États-Unis, cette question a récemment refait surface après le festival Coachella. Dans un article, le The Hollywood Reporter évoque ainsi un débat autour des attentes différentes envers les artistes masculins et féminins : certains internautes se demandaient si une artiste femme aurait bénéficié de la même indulgence qu’un artiste masculin en proposant un spectacle aussi minimaliste que celui de Justin Bieber. À l’inverse, sur ce même festival Sabrina Carpenter a été largement saluée pour une performance particulièrement travaillée. Derrière le débat, une interrogation se pose : le public attend-il désormais d’un concert qu’il soit aussi un spectacle ?

En France, cette opposition saute peut-être moins aux yeux. Les concerts restent souvent moins spectaculaires que certaines tournées américaines. Pourtant, plusieurs artistes ont progressivement fait évoluer les codes. Shay a construit une identité scénique portée par une forte direction artistique. Plus récemment, Theodora a elle aussi développé un univers visuel pensé autour de tableaux, de danseurs et d’une narration scénique forte.

Cindy dit avoir retrouvé dans le show de Damso des codes qu’elle associe davantage à certaines pop stars féminines. « C’était un vrai show comme peut le faire Beyoncé, avec une scénographie, des danseurs, des costumes, en plus de la lumière ou des musiciens », raconte-t-elle. « J’ai trouvé que Damso avait pris un virage. L’artiste est vraiment au service de l’art et pas l’inverse. »