«Citizen Vigilante» : le film polémique d'Uwe Boll diffusé par Musk sur X
«Citizen Vigilante» : le film polémique d'Uwe Boll sur X

Un film xénophobe et violent qui enflamme les réseaux

De la xénophobie, des contre-vérités et une complaisance pour la justice privée : voilà les ingrédients toxiques de «Citizen Vigilante», un thriller germano-américain sorti le 19 juin qui agite l'extrême droite mondiale. Initialement titré «The Dark Knight» avant une intervention juridique de Warner Bros, le film cumule les voyants rouges.

Librement inspiré du classique «Un justicier dans la ville» avec Charles Bronson, le film suit Sanders, un ancien militaire américain devenu homme d'affaires, qui traque et massacre des criminels – essentiellement issus de l'immigration – ainsi que des juges corrompus dans une ville européenne fictive. Le long-métrage se clôt sur un message dédié «aux milliers de victimes de viols et de meurtres en Europe qui ont été trahies par le système judiciaire».

La scène finale, d'une ultraviolence inouïe, montre le héros exécuter de sang-froid une famille entière, sous prétexte que l'un de ses membres est accusé du viol d'une fillette. Avant de les cribler de balles, le personnage incarné par Armie Hammer leur assène : «Je pense que vous êtes venus avec votre système de valeurs archaïques et votre attachement à la religion plutôt qu'à la démocratie». Une attaque à peine voilée contre l'islam, revendiquée par le réalisateur Uwe Boll, qui affirme que cette séquence «illustre une réalité : l'immigration massive, principalement en provenance de pays islamistes, a gravement compromis la sécurité en Allemagne».

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Uwe Boll : un réalisateur controversé

Uwe Boll est unanimement considéré par la critique comme l'un des pires réalisateurs de l'histoire du cinéma, connu pour des adaptations ratées de jeux vidéo comme «Postal», «BloodRayne» ou «House of the Dead». Au-delà de sa nullité technique, il est coutumier de l'infamie, notamment avec sa reconstitution voyeuriste d'Auschwitz en 2011. Avec «Citizen Vigilante», il franchit un nouveau cap dans l'indigence idéologique.

La critique s'est montrée sans pitié : le magazine «Variety» évoque un long-métrage «incroyablement mauvais», «The National Review», pourtant classé à droite, fustige un «fantasme jacobin déguisé en slogan d'extrême droite», tandis que «Télérama» le qualifie d'«équivalent filmique d'une flaque de vomi».

Armie Hammer : un retour cynique

Pour porter ce projet nauséabond, il fallait un acteur banni des circuits traditionnels. Armie Hammer, révélé par «The Social Network» en 2010, a vu sa carrière hollywoodienne voler en éclats en 2021 suite à une plainte pour viol et à des accusations de violences sexuelles et de fétichisme cannibale. Bien que le procureur de Los Angeles ait abandonné les poursuites par manque de preuves en 2023, Hammer traîne une réputation de paria. Le voir opérer son retour à l'écran dans le costume d'un justicier sanguinaire éliminant des minorités apparaît comme une tentative de rédemption cynique et provocatrice.

Elon Musk propulse le film sur X

Si le film aurait pu sombrer dans l'oubli, il a bénéficié d'un coup de projecteur inestimable d'Elon Musk. Le premier billionnaire de l'histoire a diffusé gratuitement le film pendant 48 heures (vendredi 28 et samedi 29 juin) sur son compte X, suivi par 240 millions d'abonnés. Résultat : plus de 24 millions de vues, propulsant les scènes de lynchage au rang de contenus viraux. Fort de ce succès, Uwe Boll prépare déjà une suite : «Continuez à regarder “Citizen Vigilante” et nous pourrons bientôt commencer le tournage de la deuxième partie».

Interdit en Allemagne, mais disponible ailleurs

Le contenu xénophobe du film a provoqué une levée de boucliers immédiate en Allemagne. Le scénario s'inspire d'un fait divers réel survenu à Hambourg en 2016 : le viol collectif d'une adolescente de 14 ans. La FSK, l'organisme allemand de régulation du cinéma, a refusé de classifier le film, entraînant son interdiction sur le territoire. «J'ai pris un avocat pour contester cette mesure, mais nous avons perdu par six voix contre deux, au motif que le film incitait à la violence contre les migrants», a déploré Uwe Boll dans «The Telegraph».

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Le film est disponible en Suisse et en Autriche selon son réalisateur, mais aucune sortie n'est prévue au Royaume-Uni, et il est privé de salles en France faute de distributeur. Cela n'a pas empêché sa promotion par des figures de l'extrême droite française, comme Thomas Joly (Parti de la France), Daniel Conversano ou le streamer Psyhodelik. Outre-Atlantique, le film a trouvé son public, classé parmi les plus vus sur Amazon, dans un contexte de liberté d'expression absolue et d'obsessions sécuritaires de l'ère Trump.