Une semaine cinématographique marquée par le réel et les trajectoires individuelles
Les images de l'actualité se superposent aux paroles de George Orwell, provoquant un frisson saisissant. C'est le pari audacieux de Raoul Peck, qui ouvre une semaine de cinéma riche en films attentifs au réel et aux parcours personnels. Maryam Touzani capture la renaissance tardive d'une femme de 79 ans à Tanger, portée par une Carmen Maura remarquable. Hugo Willocq, dans son premier long-métrage Un Été à la ferme, suit une famille d'éleveurs du Nord confrontée à l'angoisse de la transmission. Chers parents réunit Miou-Miou, André Dussollier, Arnaud Ducret et Pauline Clément dans une comédie sur l'argent et l'héritage. L'adaptation live-action de 5 centimètres par seconde transforme un classique de l'animation japonaise en romance mélancolique. Enfin, Bradley Cooper raconte la fin d'un couple et l'espoir d'une seconde chance.
« Orwell : 2 + 2 = 5 » : une plongée dystopique dans l'œuvre visionnaire
Auteur de films mémorables sur Patrice Lumumba, James Baldwin ou le photographe sud-africain Ernest Cole, Raoul Peck n'a pas peur des grands sujets. Il plonge dans les archives de George Orwell pour réaliser un film-dossier qui explore à la fois l'œuvre et la vie d'Eric Blair, né au Bengale, ancien membre de la police impériale en Birmanie, révolté par la domination humaine et grand penseur du risque totalitaire. De nombreux textes, lus avec intensité par Eric Ruf, irriguent le film, brossant un portrait émouvant de l'homme tout en examinant la pertinence de sa pensée pour notre monde contemporain. Les images des trente dernières années, jusqu'à Donald Trump ou Vladimir Poutine, confirment une résonance troublante : notre époque est devenue profondément orwellienne.
« Rue Málaga » : la vieillesse comme acte de résilience
Après le succès du Bleu du Caftan, Maryam Touzani revient avec un film doux et sensible, hommage à sa ville natale de Tanger et à sa grand-mère andalouse. Dans cette cité cosmopolite, Carmen Maura incarne Maria Angeles, 79 ans, vivant seule depuis la mort de son mari. Lorsque sa fille veut vendre l'appartement et l'emmener à Madrid, l'octogénaire refuse la relégation en maison de retraite. Elle retrouve une énergie insoupçonnée, récupère ses meubles, retourne chez elle, arrose ses géraniums, organise des soirées foot avec ses voisins et redécouvre même l'amour. Carmen Maura impressionne par sa justesse et sa liberté, composant une femme concrète, imprévisible et joyeuse. Rue Malaga est une belle leçon rappelant qu'il n'y a pas d'âge pour reprendre possession de sa vie.
« Un Été à la ferme » : héritiers d'un monde en déclin
Dans son premier long-métrage, Hugo Willocq filme une véritable famille d'éleveurs du Nord, captant à la fois la fin de l'enfance de deux adolescents et la fin d'un monde paysan fragilisé. On suit Grégory, père et chef d'exploitation, et ses fils Paul et Germain, confrontés aux angoisses de la transmission. Le film montre leurs bêtises d'adolescents, leur façon de tuer l'ennui, mais aussi leur fascination progressive pour l'agriculture, comme dans une scène drôle où ils jouent à un simulateur de ferme sur PlayStation. À la lisière du documentaire et de la fiction, sans dialogues écrits, le film s'appuie sur de longs moments de vie saisis au plus près du réel. Nourri de plus de soixante heures de rushes, porté par une photographie magnifique, Un Été à la ferme regarde ce monde avec douceur et mélancolie.
Autres films à ne pas manquer
« Chers parents » : adaptée d'une comédie à succès, cette histoire d'argent et d'héritage au sein d'une famille tranquille chamboulée par un jackpot au Loto offre des effets comiques efficaces. Miou-Miou et André Dussollier brillent dans des rôles de parents décidant de construire un orphelinat au Vietnam sans laisser un sou à leurs enfants, provoquant chaos et révélations.
« Is this thing on ? » : Bradley Cooper signe une comédie dramatique intimiste sur un couple au bord du divorce, filmée avec fluidité et portée par Laura Dern et Will Arnett. Sans mélodrame, le film explore la lucidité et l'humour d'une séparation, avec un regard qui croit à la seconde chance en amour.
« 5 centimètres par seconde » : adaptation live d'un classique de l'animation japonaise, ce film évite l'écueil de la reproduction plan par plan pour scruter les visages et les silences. Il transforme le Japon en un décor intime, retrouvant la poésie initiale à travers des touches discrètes comme des nuages d'hiver ou des cerisiers en fleurs, pour raconter l'impossibilité de vivre un amour au présent.



