Charles Biétry, pionnier du sport télévisé, livre son dernier combat contre la maladie de Charcot
Charles Biétry, du sport télévisé à son combat contre la maladie

Charles Biétry, l'architecte du sport télévisé moderne

Il a véritablement révolutionné le paysage audiovisuel sportif français. Le football diffusé le samedi soir en prime time, les caméras audacieuses qui captent les gros plans durant les rencontres et pénètrent dans l'intimité des vestiaires, les consultants érigés en véritables célébrités, la couverture marathon des Jeux olympiques et l'arrivée des sports américains sur le territoire national… Toutes ces innovations emblématiques portent l'empreinte indélébile de Charles Biétry. Aujourd'hui confronté à la maladie de Charcot, une réalité qu'il a courageusement dévoilée en 2023, l'ancien journaliste ne peut plus s'exprimer oralement. Cependant, il a tenu à rédiger personnellement les textes de ce documentaire poignant, sa voix étant fidèlement restituée grâce aux prouesses de l'intelligence artificielle.

Un hommage vibrant des grands noms du sport et des médias

La carrière exceptionnelle de Charles Biétry trouve peut-être sa synthèse la plus juste dans les mots de la journaliste Nathalie Iannetta. Celle qui l'a côtoyé au sein de la rédaction de Canal+ livre un témoignage empreint d'émotion : « Putain quelle vie, Charles ! Il ne mesure pas ce qu'il représente vraiment pour certains d'entre nous… ». Au-delà d'une fascinante plongée dans la genèse des rendez-vous sportifs télévisuels, cette œuvre constitue avant tout un vibrant hommage que la chaîne cryptée adresse à son ancien patron. Pour l'occasion, les figures emblématiques des médias et du monde sportif se sont mobilisées pour partager leurs souvenirs : Michel Platini, Didier Deschamps, George Eddy ainsi que Marie-José Perec ont répondu présent.

La révolution Biétry : du terrain de jeu à l'antenne

Avant l'arrivée déterminante de Charles Biétry chez Canal+ dès le lancement de la chaîne en 1984, la couverture sportive à la télévision se limitait essentiellement aux grands événements, avec des commentaires souvent conventionnels et monotones. La chaîne cryptée a offert à l'ancien journaliste de l'Agence France-Presse un immense terrain d'expression. Le Breton a instauré une nouvelle approche : il se rendait aux entraînements avant les matchs, tissait des liens privilégiés avec les joueurs et les entraîneurs, et a osé introduire une caméra dans les vestiaires. Aux côtés de Michel Denisot, ils ont formé, comme le souligne Pierre Lescure dans le documentaire, « une des paires de commentateurs les plus performantes : la rigueur et la précision de Charles et la fantaisie maîtrisée de Michel ». Leur synergie a permis à la chaîne privée de déployer des moyens considérables pour créer des événements télévisuels plus immersifs et spectaculaires.

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Un caractère de fer et une obsession du détail

Le tempérament affirmé du journaliste est frappant, laissant peu de place à ceux qui refuseraient d'adhérer à ses méthodes de travail rigoureuses. « Encore aujourd'hui, explique sa fille Juliette, il me paraît insubmersible. C'est un roc, quelqu'un de très solide. » Cette quête permanente de l'excellence découle de sa volonté farouche de satisfaire l'abonné de la chaîne cryptée. « Si on veut se rapprocher de l'idéal, c'est-à-dire être aussi bien chez soi qu'au stade, il faut apporter, apporter… », insiste-t-il, aux côtés de Michel Denisot et de feu Thierry Gilardi. Il fut le premier à annoncer au monde la mort des otages israéliens lors des Jeux olympiques de 1972 à Munich alors qu'il travaillait pour l'AFP. Toutefois, l'apogée de sa carrière sur la chaîne payante reste les Jeux olympiques de 1992, où l'antenne s'est mobilisée pour couvrir l'ensemble des disciplines, et ceux de 1996, marqués par une interprétation en direct de Georgia on My Mind par Ray Charles.

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Le dernier combat : une fin de vie dans la dignité

Cette chanson emblématique accompagnera le Breton lorsque sa famille dispersera ses cendres dans les eaux de sa région natale. Si le documentaire retrace les heures de gloire de Charles Biétry, il n'élude pas son combat acharné contre la maladie de Charcot et son aspiration à une fin de vie digne. « Je ne marche pratiquement plus. On va me poser une sonde pour me nourrir et je ne parle plus. Il y a des moments difficiles. Surtout quand mes petits-enfants quittent Carnac à la fin des vacances et que je ne sais pas si je les reverrai. Mais je me bats tous les jours pour que ma fin, comme celle des autres malades, soit la plus belle possible. », peut-on entendre dans le documentaire. Au fil des images, émerge une réflexion profonde sur les conditions d'accompagnement des malades en France et la nécessité d'ouvrir le débat sur l'aide à mourir. « J'espère que la loi sur la fin de vie, ballottée au gré des crises politiques, me permettra d'éviter un voyage en Suisse. Je souhaite tout faire pour rester chez moi et attendre dans la dignité ma dernière vague », conclut Charles Biétry, qui a transformé la maladie en son ultime et plus personnel des matchs.

Un débat parlementaire imminent

Le débat sur la fin de vie devrait prochainement être abordé à l'Assemblée nationale, comme l'a rappelé la présidente et fervente défenseuse du texte, Yaël Braun-Pivet. « Ce sera adopté avant l'été, je pense que le chemin existe », a-t-elle indiqué, affichant sa confiance malgré un parcours parlementaire semé d'embûches et une opposition majoritaire du Sénat à ce droit à mourir dans la dignité.