Au 79e Festival de Cannes, le film « L'affaire Marie-Claire » a été présenté en Séance spéciale, suscitant une vive émotion. Ce long-métrage revient sur le célèbre procès de Bobigny, où une mère et sa fille ont été jugées pour avoir pratiqué un avortement illégal en 1972. L'actrice belge Cécile de France incarne Michèle Chevalier, une mère courage qui a aidé sa fille Marie-Claire, âgée de 16 ans, à avorter après un viol. Défendues par l'avocate Gisèle Halimi, interprétée par Charlotte Gainsbourg, elles seront les premières femmes relaxées dans ce type d'affaire, contribuant ainsi à l'adoption de la loi Veil sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG).
Un film inspiré par l'actualité
Les réalisateurs Lauriane Escaffre et Yvo Muller ont confié avoir été fascinés par le procès de Bobigny. Mais c'est la décision de la Cour suprême des États-Unis de supprimer le droit constitutionnel à l'avortement en 2022, alors qu'ils écrivaient le scénario, qui les a poussés à insister sur la fragilité des droits acquis. « Nous nous sommes dit que tous les droits acquis sont plus fragiles qu'on ne pense, et l'exhortation faite à ces femmes de ne jamais se résigner pouvait être très inspirante aujourd'hui », ont-ils déclaré.
Charlotte Gainsbourg en Gisèle Halimi
Charlotte Gainsbourg incarne Gisèle Halimi avec une intensité remarquable. Les réalisateurs soulignent que le personnage de l'avocate est multidimensionnel : dure, sérieuse, fonceuse, mais aussi marquée par une faille originelle dans sa relation avec sa mère. « Cette fragilité est évidente chez Charlotte Gainsbourg, et le côté rude du personnage était une part inconnue chez elle qui nous excitait », explique Yvo Muller.
Cécile de France, une mère courage
Cécile de France donne toute sa consistance à Michèle Chevalier, une femme forte et de caractère qui a choisi de suivre la stratégie de son avocate : refuser de plaider coupable et dénoncer la loi anti-IVG de 1920, au risque de finir en prison. « Ce film montre que ce n'est pas seulement Gisèle Halimi l'héroïne qui sauve la pauvre petite employée RATP. Michèle Chevalier s'est auto-éduquée, elle lisait beaucoup, militait à gauche, et c'est elle qui va chercher l'avocate », revendique la comédienne belge.
L'actrice a eu la chance de rencontrer Jennifer, la fille de Marie-Claire Chevalier, sur le tournage. Jennifer a révélé qu'elle représentait la plus grande joie de sa mère, car après son avortement à 16 ans, Marie-Claire se pensait stérile. « C'était très fort parce que Jennifer a découvert le tribunal où sa mère et sa grand-mère ont été jugées », raconte Cécile de France.
Un hommage nécessaire
Pour Cécile de France, ce film a une signification particulière. « C'est un honneur de rendre ainsi hommage à Michèle, Marie-Claire, et d'en parler au plus grand nombre afin que leur combat ait servi à quelque chose », assume-t-elle fièrement. Elle ajoute : « En tant qu'actrice, j'apprécie d'avoir été associée à des réalisateurs qui ont raconté cette histoire de manière cinématographique. C'est comme si ce tribunal de Bobigny était devenu à nouveau un petit théâtre. »
Un film qui résonne avec l'actualité
« L'affaire Marie-Claire » rappelle combien certains droits des femmes, qui paraissent évidents aujourd'hui, ont été durement acquis. En écho au mouvement MeToo et aux aspirations paritaires actuelles, ce film judiciaire, sans révolutionner le genre, reste très instructif. Charlotte Gainsbourg apporte nuances et contrastes à son personnage, même si elle n'a pas toujours le souffle d'un ténor du barreau. Mais l'essentiel est ailleurs : rendre hommage à ces femmes qui ont osé défier la loi pour le droit de disposer de leur corps.



