Le nouveau film d'Asghar Farhadi, Histoires parallèles, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes et déjà en salles, déroute autant qu'il fascine. Le réalisateur iranien, habitué des récompenses cannoises (Prix d'interprétation pour Le Passé, Prix du scénario pour Le Client, Grand Prix pour Un Héros), signe ici un exercice de style ludique et sophistiqué, porté par un casting français cinq étoiles.
Un hommage à Kieslowski
Farhadi s'inspire du sixième chapitre du Décalogue de Krzysztof Kieslowski, où un jeune homme épie sa voisine au télescope. Ici, Sylvie (Isabelle Huppert), romancière acariâtre recluse dans son appartement parisien, observe le studio de doublage d'en face où travaillent Vincent Cassel, Pierre Niney et Virginie Efira. Dans son roman, elle les transforme en mari, épouse et amant, ignorant leur véritable relation.
Un personnage clé : Adam
Avant Sylvie, on découvre Adam (Adam Bessa), un jeune SDF qui, dans le métro, déjoue un vol à la tire. Pour le remercier, sa victime Céline (India Hair) le fait engager comme assistant de sa tante Sylvie. Entre l'écrivaine excentrique et le discret jeune homme naît une relation ambivalente. Adam, captivé par le manuscrit de Sylvie, s'abîme dans la fascination pour le trio d'en face, en particulier pour la femme qu'il va approcher, déclenchant une réaction en chaîne.
Un labyrinthe vertigineux
Le film se joue des frontières entre réalité et fiction, quotidien et fantasme. La photographie remarquable et les subtils changements chez les personnages permettent une transition virtuose entre les niveaux de narration. On est désorienté mais grisé par cette construction sophistiquée où l'ordinaire inspire l'imaginaire, et où l'imaginaire intrigue en retour l'ordinaire. S'ajoute encore la fiction que l'on se fait des comédiens eux-mêmes.
Un virage narratif surprenant
Après une heure trente de ce labyrinthe ludique aux confins de Kieslowski, Hitchcock et Polanski, Histoires parallèles opère un virage à angle droit qui risque de déstabiliser. Le récit se resserre, des abîmes de complexité s'ouvrent, et un sujet contemporain s'ajoute à l'équation. Malgré tout, on reste captivé par cette mise en scène du pouvoir démiurgique de la fiction.



