Après cinq jours de festival et huit films déjà présentés en compétition, un premier très grand coup de coeur se dégage : L'être aimé, du réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen, avec Javier Bardem et Victoria Luengo. Les spectateurs qui ne peuvent pas se rendre à Cannes auront la chance de le découvrir dès ce samedi dans toutes les salles de France.
Une histoire de famille déchirante
L'être aimé suit de près Esteban, un réalisateur espagnol renommé et oscarisé, qui a abandonné sa femme et sa fille Emilia il y a de nombreuses années. Il n'a pas parlé à cette dernière depuis dix ans. Autrefois égocentrique et extrême, il s'est depuis assagi et a épousé une autre femme avec qui il a deux jeunes enfants. Sans prévenir, il donne rendez-vous à Emilia, devenue comédienne : souhaitant renouer avec elle, il lui offre le rôle principal de son prochain film. Elle pose une condition : faire savoir à l'équipe du film qu'elle est sa fille, ce qui tend d'emblée leurs retrouvailles.
Les voilà partis avec toute l'équipe sur l'île de Fuerteventura où se tourne le long-métrage. La tension entre Esteban et Emilia ne cesse de monter, car, hantée par l'abandon de son père durant sa jeunesse, elle ne lui concède rien et ne perd pas une occasion de lui faire des reproches, surtout lorsqu'il lui présente sa nouvelle famille. Lui, de plus en plus agacé, renoue avec ses vieux démons, se comportant de manière tyrannique et odieuse sur le plateau. Emilia serait-elle la seule à pouvoir le remettre à sa place ?
Un cinéma maîtrisé et poignant
Comme le dit Esteban à Emilia en voulant résumer son scénario : « C'est une histoire de gens qui sont incapables de se regarder dans les yeux ». Mais a-t-il conscience que c'est aussi la description de sa relation avec sa fille ? Rodrigo Sorogoyen, réalisateur des brillants longs-métrages Que Dios nos perdone ou As Bestas, et de la sublime série Los Anos Nuevos l'an dernier, signe ici l'un de ses meilleurs films. Maîtrisant admirablement la tension entre ses deux personnages principaux, il fait souvent chavirer le spectateur au cours du récit. Il nous gratifie de trois extraordinaires moments de cinéma : une ouverture incroyable en plan-séquence dans un restaurant, une scène qui déchire le coeur, rythmée par des seuls bruits d'ambiance et des silences, quand Emilia découvre son père dans la cantine du tournage, et une séquence au bord de la crise de nerfs lorsqu'Esteban s'en prend violemment à ses acteurs.
Des acteurs exceptionnels
Le cinéaste est remarquablement servi par ses deux comédiens principaux. Javier Bardem, tout en nuances, incarne ce réalisateur tout doux au départ mais qui révèle sa vraie personnalité colérique au fil du tournage. Victoria Luengo, déjà épatante dans la série Antidisturbios de Sorogoyen, livre une partition admirable en fille qui accable son père de reproches. Du très grand cinéma.
La note de la rédaction : 4,5/5
L'être aimé, drame espagnol de Rodrigo Sorogoyen, avec Javier Bardem, Victoria Luengo, Marina Foïs… (2h15). En compétition à Cannes et en salles le 16 mai 2026 au soir.



