Un habitué de Cannes explore l'IA et le deuil
Hirokazu Kore-eda, Palme d'or en 2018, est de retour au Festival de Cannes avec son nouveau film Sheep in the Box, présenté en compétition officielle. Ce long métrage aborde avec poésie la question du deuil à travers le prisme de l'intelligence artificielle.
Le point de départ : une entreprise chinoise
Le réalisateur japonais explique avoir eu le déclic il y a deux ans après avoir lu un article sur une société chinoise qui ramenait les morts à la vie numériquement. En rencontrant le patron de cette entreprise, il a été frappé par le désir des vivants de dire un dernier mot aux disparus, mais aussi par le questionnement éthique : « Les vivants ont-ils le droit de disposer des défunts de la sorte ? »
Redéfinir la famille grâce à l'humanoïde
Dans le film, un couple endeuillé par la perte de son fils accueille un humanoïde, réplique de l'enfant disparu. Kore-eda souhaitait montrer comment cette présence permet de faire son deuil, mais il a choisi de ne pas prolonger cette cohabitation. « Si l'on doit aller au bout du deuil, il faut que la famille accepte de laisser partir cet être », explique-t-il, ajoutant que le film parle aussi d'émancipation.
Une vision ni optimiste ni pessimiste
Interrogé sur la fin du film, qui montre une cohabitation harmonieuse entre l'IA et les humains, le réalisateur précise qu'il ne s'agit pas d'une vision optimiste. « Les êtres humains doivent rentrer chez eux et arroser cet arbre sur lequel ils projettent le souvenir de leur enfant disparu. Cette capacité d'imagination reste la dernière once d'humanité. »
Un tournage avec un jeune acteur robotique
Pour incarner l'humanoïde, le jeune Rimu Kuwaki a été auditionné avec des exercices spécifiques : mimer un robot, simuler une panne de batterie ou retenir sa respiration pendant sept secondes. Les dialogues, très mécaniques, ont été écrits spécialement, et l'acteur a été encadré par Haruka Ayase et Daigo Yamamoto, qui jouent ses parents.
Notre avis : 3/5
Le cinéma de Kore-eda reste fidèle à ses thèmes de prédilection : la famille, le doute parental, l'enfance, l'abandon, la mémoire, le deuil et l'absence. Avec Sheep in the Box, il introduit l'intelligence artificielle avec douceur et finesse, sans jugement de valeur. Le film pose des questions morales sur le droit de disposer des souvenirs des disparus, l'émancipation des enfants même dans l'au-delà, et la possibilité d'un dernier au revoir. Un film intelligent sur un sujet sensible et périlleux.



