Guillaume Canet présente « Karma » à Cannes avec Marion Cotillard
Canet présente « Karma » à Cannes avec Cotillard

Surprise, ce vendredi 15 mai au soir, sur le tapis rouge. Guillaume Canet, 53 ans, a monté les marches entouré de sa famille : ses parents, son fils Marcel, 14 ans, et la mère de ce dernier, Marion Cotillard. Il présentait, hors compétition, « Karma », son neuvième long-métrage comme réalisateur – sortie en octobre. Ce thriller sombre et nerveux décrit une jeune femme, incarnée par son ex-compagne, prise au piège d’une communauté sectaire qui a basculé dans la folie, sous l’influence d’un leader aussi madré que terrifiant (Denis Menochet).

La genèse du projet

On a rencontré ce samedi après-midi un Guillaume Canet toujours courtois et disponible en interview, mais quelques bâillements irrépressibles témoignaient d’une certaine fatigue. « Pardonnez-moi, je décompresse… Cannes, c’est beaucoup de joie, mais une forte pression aussi. »

On sent dans « Karma » la volonté de restituer avec précision les rouages de la manipulation sectaire. Comment vous êtes-vous préparé ? J’ai eu envie de travailler sur ce sujet après avoir rencontré il y a quelques années au Portugal quelqu’un qui a vécu dans une secte, et s’en est échappé. Son témoignage m’a marqué. J’ai lu de nombreuses enquêtes, regardé des documentaires, j’ai même assisté, avec mon coscénariste Simon Jacquet, à un procès – je m’étais grimé, avec une perruque, une casquette… On s’est rendu compte que beaucoup de mécanismes sont communs à tous ces mouvements : trouver la faille de la personne pour la manipuler, l’isoler étape par étape, casser le lien familial pour renforcer le « lien spirituel », un alibi pour permettre au gourou d’asseoir son pouvoir personnel.

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Le réalisateur et le gourou

Est-ce que, quand on est réalisateur, on peut être tenté de se comporter comme un gourou sur le tournage ? Oui, et il faut s’en méfier. C’est même primordial pour la réussite du film de garantir une vraie liberté à chaque poste, lumière, son, décors, costumes… Que chacun se sente à l’aise pour proposer des choses, faire découvrir un aspect du scénario que le réalisateur n’a pas forcément identifié.

Marion Cotillard, actrice et ex-compagne

Quelle a été la place de Marion Cotillard dans la genèse du projet ? Une place essentielle, depuis le début, car ce scénario, je l’ai écrit pour elle. Nous avons fait sept films ensemble, mais je regrettais de ne jamais lui avoir offert un premier rôle à la mesure de son talent. C’est assez rare que j’écrive en pensant d’emblée à une actrice ou un acteur pour le personnage. Marion n’a cessé de m’envoyer des remarques qui ont fait évoluer le scénario.

Continue-t-elle de vous impressionner comme actrice ? Énormément ! Son talent unique, sa capacité à exprimer tant d’émotions sans avoir besoin des mots. D’ailleurs, j’ai à nouveau envie de travailler avec elle.

La croyance et le karma

Le film décrit des personnages qui s’égarent dans la foi. Quel est votre rapport avec la religion ? Il y a une phrase de Jacques Brel à laquelle j’ai pensé en écrivant « Karma » : « Dieu, ce sont les hommes, et un jour ils s’en rendront compte. » J’ai un rapport fort à la croyance, mais plusieurs événements dans ma vie, principalement des deuils, m’ont éloigné de la religion. Et j’ai souvent eu le sentiment que la religion était utilisée pour exercer un pouvoir, une emprise. Quoi qu’il en soit, je suis attaché à la liberté de chacun, et je pense que c’est très important, dans la vie, de croire à quelque chose.

En quoi croyez-vous ? Au karma, pour reprendre le titre du film : à l’idée que quand on se comporte mal, tôt ou tard, l’addition arrive. J’y crois sans en faire une généralité, je sais qu’on peut subir des drames sans les avoir mérités. J’ai foi aussi en l’être humain. Malgré le spectacle du monde, je continue de penser qu’on peut changer les choses de manière positive.

Vous est-il arrivé, dans des moments difficiles, de vous sentir réceptif à des discours sectaires ? J’ai des défauts mais j’ai une qualité, je crois : une sorte d’intuition qui fait que je sens quand les gens ne me veulent pas du bien. Je ne pense pas que je puisse me laisser enrôler à mes dépens.

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L’amitié avec Gilles Lellouche

Gilles Lellouche était présent vendredi soir à la projection officielle… Gilles, je le vois qui évolue avec passion et intelligence. On est « montés » ensemble dans ce métier. On se soutient, on se challenge. Il est venu voir « Karma », et moi ce dimanche j’irai voir « Moulin », dans lequel il joue.

Êtes-vous resté fidèle au Cap-Ferret ? Bien sûr !

Regard sur le parcours

Comment regardez-vous votre parcours, éclectique, de réalisateur depuis « Mon idole » il y a vingt-cinq ans ? J’ai appris de tous mes films, de mes succès, de mes échecs. Je me trouve plus confiant, plus indulgent aujourd’hui. J’ai l’impression de bien vieillir, j’espère mûrir comme un bon vin plutôt que comme une vieille pomme.