Conflit ouvert à Cannes entre Canal+ et les professionnels du cinéma
La tension est montée d'un cran au Festival de Cannes après la publication d'une tribune anti-Bolloré. Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a annoncé dimanche que son groupe boycotterait les quelque 600 signataires de ce texte, déclenchant une vive polémique.
Une riposte cinglante
Six jours après la parution de la tribune, M. Saada a exprimé son indignation lors d'un événement sur la Croisette. "J'ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s'attachent à défendre l'indépendance de Canal+, dans toute la diversité de ses choix", a-t-il déclaré. "En conséquence, je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition."
La tribune, signée notamment par Juliette Binoche, Swann Arlaud et Adèle Haenel, dénonce "l'emprise grandissante de l'extrême droite" dans le cinéma via le milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Les signataires s'alarment en particulier de la volonté de Canal+ de prendre le contrôle total du réseau de salles UGC, dont il détient déjà 34 %.
Des accusations de "crypto-fascisme"
Dans son allocution, Maxime Saada a estimé que la tribune qualifiait les équipes de Canal+ de "crypto-fascistes". "Eh bien moi je n'ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste, je suis désolé, la limite, pour moi elle est là", a-t-il lancé. Le collectif Zappons Bolloré, associé à la tribune, a réagi en affirmant que cette "menace" confirmait leurs "craintes". "Pouvons-nous encore croire à l'indépendance de Canal+ vis-à-vis du milliardaire d'extrême droite, contre lequel il est désormais officiellement impossible de s'exprimer ?", a-t-il interrogé.
Des réactions contrastées dans le milieu
Le cinéaste Arthur Harari, signataire et en compétition avec "L'Inconnue", a récusé toute critique contre les équipes de Canal+ tout en assumant un "questionnement sur la dimension politique du groupe Bolloré". Jusqu'à la riposte de Saada, la tribune avait rencontré un écho limité parmi les professionnels, beaucoup peinant à déceler un changement idéologique au sein de la chaîne. Le réalisateur Pierre Salvadori a souligné que des "garanties d'indépendance" existaient encore, tandis que Charline Bourgeois-Tacquet, en lice pour la Palme d'or, a rappelé que Canal+ avait financé son film "La vie d'une femme", abordant des thèmes comme la souffrance hospitalière et l'amour entre femmes.
La question des financements en toile de fond
Certains professionnels estiment que la tribune rate sa cible en occultant la baisse des financements décidée par Canal+ en janvier 2025. Le groupe a réduit son enveloppe à 170 millions d'euros d'ici 2027, contre 220 millions auparavant, mécontent d'un accord permettant à Disney+ de diffuser des films neuf mois après leur sortie en salles. Cette décision fragilise la filière sans lien direct avec des questions idéologiques.



