Une soirée historique à Bordeaux en 1988
Le 3 mars 1988, la célèbre cantatrice américaine Barbara Hendricks était présente à Bordeaux pour une soirée exceptionnelle marquée par la présentation du film « La Bohème » réalisé par Luigi Comencini. Cet événement culturel majeur a réuni des invités prestigieux dans deux lieux emblématiques de la ville, créant une atmosphère unique mêlant opéra, cinéma et gastronomie.
Deux rideaux qui se lèvent simultanément
Hier soir, deux rideaux se sont levés presque en même temps pour la première de « La Bohème » filmée par Luigi Comencini. Le baptême du film a eu lieu à l'Ariel, où « Sud Ouest » et Europe 2 ont convié le public à sa découverte. Cependant, l'hommage à Puccini ne pouvait ignorer les lieux où il a si souvent triomphé. C'est dans cette « salle inspirée », selon les mots de Daniel Toscan Du Plantier, et « qui sera prochainement équipée pour les projections de cinéma » – engagement solennel pris par M. Chaban-Delmas – qu'un parterre d'invités a découvert le Paris de 1910. Dans cette transposition, Comencini, se voulant l'éternel contemporain du vérisme italien, a habilement recréé le Paris de Murger.
Barbara Hendricks au cœur des festivités
Barbara Hendricks était au centre des deux célébrations, partageant son temps entre Daniel Toscan Du Plantier et les deux salles. Au Grand-Théâtre, elle a trempé une lèvre gourmande dans le billet, tandis qu'à l'Ariel, elle n'a pu résister à l'attrait des pop-corns. Les foyers du Grand-Théâtre étaient transformés, pour l'occasion, en une succursale du café Momus. Philippe Techoires y tenait table ouverte, accommodant le poisson à toutes les sauces pendant que cuisaient les marrons sous la cendre et que résonnait la voix aigrelette de l'orgue de Barbarie.
Une découverte cinématographique et culinaire
Les invités, réunis au parterre et ressemblant eux-mêmes à des figurants pour le cinéma, ont découvert « La Bohème », les toits de Paris, l'éclatant Noël de Comencini, et la pureté sublime et inquiète de Barbara Hendricks, qui rachète tout le reste, malgré la figuration parfois lourdaude de Luca Canonici. Les terrines de la mer, le chapon aux truffes et le touron aux fruits de saison, bénis par les vins Léoville-las-Cases et Ducru-Beaucaillou, ont inspiré Jacques Chaban-Delmas. Le maire de Bordeaux a obtenu son meilleur score politique en faisant applaudir Barbara Hendricks par 100 % des spectateurs, profitant de l'instant pour évoquer un souvenir familial : son grand-père, le ténor Delmas, avait incarné Rodolphe sur la scène du Grand-Théâtre.
Cette soirée reste gravée dans les mémoires comme un moment unique où art, culture et tradition se sont entremêlés pour créer une expérience inoubliable à Bordeaux.



