Artus, l'humoriste qui a triomphé avec « Un p'tit truc en plus », incarne Cyrano dans « Les caprices de l'enfant roi », une comédie historique présentée hors compétition à Cannes.
Il arrive sans pif proéminent et ne nous met pas un coup de boule à la première question qui pourrait fâcher. Mais dans Les caprices de l'enfant roi, comédie de Michel Leclercq projetée ce vendredi soir au cinéma de la plage, Artus s'approprie à merveille le costume et la bravoure de Cyrano. Même dans une version historiquement fantaisiste. « C'est un rôle qui semble intouchable mais quand ça arrive sur la table, on accepte forcément, avec la pression de ceux qui l'ont incarné avant », confesse l'intéressé, en citant Gérard Depardieu pour référence générationnelle. « Mais ici, ce n'est pas le texte de Rostand et on n'est pas comparé sur la fameuse tirade du nez ! »
Et si cette dystopie, qui fait se côtoyer Cyrano, Molière (Nemo Schiffman), D'Artagnan (Franck Dubosc) ou Madeleine Béjart (Julia Piaton) n'est pas vraiment réussie, elle a le front de porter une nouvelle estocade au bastion « cinéma d'auteur » du Festival de Cannes. Et « Artus de Bergerac » qui chaperonne le jeune Louis XIV pour les besoins de la couronne, n'est pas le dernier à faire mouche. « Pour un acteur, c'est toujours kiffant d'enfiler un costume pour un film de cape et d'épée. Mais j'ai bien appris les chorégraphies d'escrime pour ne pas tuer de figurant à chaque plan ! », pointe celui qui avait justifié son absence de sourire sur l'affiche d'un one-man show par ces mots : « Je me la joue un peu mannequin, comme à Cannes où ils font tous la gueule ! »
« La comédie, on trouve toujours que c'est bien, après ! »
Raison de plus pour débouler sur le tapis rouge, et que ça rigole. « Des fois on y est un peu trop sérieux alors qu'on fait tous des films, que ça reste une fête d'être là. Alors même si on est plus beau avec le regard ténébreux, on peut se marrer aussi », souligne-t-il, avant de pointer. « Le cinéma français, c'est un peu les Montaigu contre les Capulet, mais j'ai envie de dire : arrêtez, venez on s'aime, on fait le même métier, dans un système où les comédies populaires ramènent de l'argent pour d'autres films plus sérieux. » Parade, esquive, et à la fin de l'envoi, il touche : « Et puis ça m'énerve un peu que pour la comédie, on trouve toujours que c'est bien, après ! On donne un César d'honneur à la troupe du Splendid trente ans après leur avoir dit qu'ils faisaient de la merde, ou on fait une rétrospective Louis de Funès à la cinémathèque ! »
Lui a été estampillé « comique » dès le départ. Révélé au grand public par ses sketchs télévisés chez Ruquier dans On ne demande qu'à en rire. Mais sans chercher, tel Coluche à trouver son Tchao Pantin, Artus a su aussi déborder des cases avec des rôles beaucoup plus sombres dans Le Bureau des légendes ou La Pampa. Avant de donner la réplique à Marion Cotillard dans Milo, le nouveau drame de Nicole Garcia, ou d'être au casting du prochain Dupontel. De plus en plus demandé Artus. Mais no stress pour fouler le tapis rouge. « J'y suis allé très détente, car c'est pas comme si je faisais atterrir un Boeing avec 900 passagers derrière. Au pire, je me casse la gueule sur les marches, c'est rigolo, mais a priori, je ne mets pas ma vie en jeu ! »
« Je suis un cuisinier qui a eu la chance de monter sur scène »
Une décontraction qui lui a toujours réussi. Car Artus est consciencieux dans son jeu sans penser à l'enjeu. « Je suis un cuisinier qui a eu la chance de monter sur scène, et j'ai pris tout le reste comme du bonus. Mais gamin, je n'ai jamais rêvé d'être acteur, ça me paraissait trop inaccessible. Même après un stage au Cours Florent où on m'avait dévisagé, car j'avais pas le corps, j'étais de Montpellier, je venais du rugby et du terroir alors que ceux qui brillaient étaient des Parisiens en Repetto et cheveux longs ! », se souvient-il. « Heureusement, mes parents ont davantage cru en moi. Ils ont loué une salle à Avignon et m'ont dit, vas y, tu n'as plus qu'à écrire un spectacle ! » Alors, tel Cyrano dans Les caprices… Artus a pondu Va jouer sur l'autoroute ! en un mois et demi. Avant de faire se bidonner la France entière. Mais pour ressentir sa légitimité d'acteur, il a traîné davantage. Jusqu'au triomphe invraisemblable d'Un p'tit truc en plus et ses 11 millions d'entrées au box-office. Un projet « inclusif », qu'Artus avait mené avec le panache et l'altruisme d'un Cyrano. « On me demande toujours si mon engagement est lié à quelqu'un d'handicapé dans mon entourage, mais non, c'est juste que je me suis toujours senti très proche de ces gens avec lesquels les rapports humains sont simples, au bon sens du terme. Ça aurait été compliqué si on s'était planté avec le film car sur le plateau, mes comédiens me répétaient tous les jours : ''On est des stars, on est des stars'' ! »
Avec sa Fondation Un p'tit truc en plus, Artus va bientôt acheter le terrain de son premier centre de vacances, « une sorte de Club Med adapté », même s'il reste « encore beaucoup de boulot à faire en haut, car les personnes à handicap représentent 14 % de la population et leur quotidien reste très compliqué. J'ai aussi créé un Comédie club complètement accessible, mais on nous a tellement mis de bâtons dans les roues pour l'ascenseur », soupire ce vrai gentil, qui rêve d'incarner un gros méchant sur grand écran. En attendant, il réalisera son prochain long-métrage, Duel à Davidéjonatown, « un western barré, dans l'esprit des Nuls ou de Monty Python ». Chassez le naturel…
Ce qu'on en a pensé
Sur le script, l'idée est pourtant séduisante et le casting réjouissant. Un film de cape et d'épée où se croisent un D'Artagnan vaniteux (Franck Dubosc, à l'aise dans ce registre) pour courtiser sa reine (Doria Thillier au port altier), son ami Cyrano (Artus plein de fougue et d'humanité) auquel il confie le jeune Louis XIV avant son avènement pour le préserver des complots de la Cour, le jeune Molière (Nemo Schiffman) comédien séducteur qui va se trouver un nouveau talent d'auteur, ou encore, la belle Madeleine Béjart (Julia Piaton) dont la troupe va servir de refuge au futur roi Soleil. Une comédie d'aventures à l'esprit grande récré, « avec nos super héros Avengers de 1670 », a malicieusement annoncé le réalisateur Michel Leclerc (Le nom des gens, Le mélange des genres). Hélas, malgré quelques jolies saillies (Julia Piaton, expliquant qu'« un petit roi ne peut pas se marier à une prof de théâtre plus âgée de vingt ans »), le scénario semble décousu et répétitif, la plupart des gags tombent à plat au gré de scènes parfois interminables et sans rythme où les acteurs semblent livrés à eux-mêmes. La réalisation paraît elle aussi d'époque. Bref, malgré une louable volonté de s'amuser, on s'y ennuie plutôt. Un coup d'épée dans l'eau.
Les caprices de l'enfant roi de Michel Leclerc, sortie en salles le 24 juin.



