Le cinéma d'animation démontre sa vitalité avec deux œuvres magistrales
Ce mercredi 4 mars 2026, les salles obscures accueillent deux longs métrages d'animation absolument remarquables, bien que radicalement différents dans leur approche et leur sujet. D'un côté, "Jumpers", la nouvelle production signée Pixar, propose une aventure écologique hilarante et déjantée. De l'autre, "Allah n'est pas obligé", adaptation française du roman éponyme, plonge dans l'univers sombre des enfants soldats en Afrique de l'Ouest. Cette double sortie illustre parfaitement la richesse et la diversité du cinéma d'animation contemporain, qui continue d'être un creuset d'audaces formelles et narratives, contrairement à certaines productions en prises de vue réelles qui peinent parfois à renouveler leur inspiration.
"Allah n'est pas obligé" : une adaptation courageuse et puissante
Porté par le producteur Sébastien Onomo et réalisé par Zaven Najjar pour sa première réalisation, ce film adapte le roman primé de l'écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, lauréat du prix Renaudot et du Goncourt des lycéens en 2000. L'histoire suit Birahima, un jeune Guinéen de 12 ans contraint, après la mort de sa mère infirme, de rejoindre sa tante au Libéria. En chemin, accompagné de Yacouba, un "multiplicateur de billets de banque", il est enrôlé comme enfant soldat par différentes factions, d'abord au Libéria puis en Sierra Leone, confronté à l'horreur de la guerre, la drogue, les pillages et les violences.
Le film évite habilement le sensationnalisme : les pires atrocités sont évoquées mais souvent laissées hors champ, tandis que la mort frappe parfois en plein cadre. Cette approche témoigne avec force de l'instrumentalisation de l'innocence et du désespoir pour des considérations de pouvoir sordides. L'animation fluide et réaliste, avec son usage subtil de la couleur qui se désature au fil de la perte d'humanité de Birahima, sert magnifiquement le propos. La bande-son de Thibault Kientz-Agyeman et le travail sonore immersif sont renforcés par des voix remarquables (SK07, Thomas Ngijol, Marc Zinga, Annabelle Lengronne) qui insufflent vitalité et vérité à ces personnages profondément humains.
"Jumpers" : Pixar signe une comédie écologique jubilatoire
Premier long métrage de Daniel Chong, co-écrit avec Jesse Andrews, "Jumpers" raconte l'histoire de Mabel, une adolescente passionnée de nature qui cherche à protéger un lac et une zone verte menacés par la construction d'une rocade. Pour cela, elle utilise une technologie expérimentale révolutionnaire permettant le transfert de conscience humaine dans des robots-animaux hyperréalistes. Mabel choisit d'incarner une femelle castor, espérant ainsi convaincre de vrais castors de s'installer sur le site et bloquer les travaux.
Si le concept emprunte clairement à Avatar de James Cameron, l'influence de Pompoko d'Isao Takahata est également palpable dans la manière de mettre en scène la révolte des animaux contre l'empiètement humain. La conclusion, moins désenchantée que celle du film Ghibli, porte un message de respect du vivant pertinent et intelligemment mis en scène. Le film brille par la mignonnerie cartoonesque de ses animaux, l'humour burlesque désopilant et une narration inventive qui évolue sur près de deux heures. Le casting vocal étoilé (Artus, Mallory Wanecque, Melha Bedia, Alison Wheeler) apporte sa touche, mais c'est surtout l'audace du scénario et la qualité de l'animation qui placent d'emblée "Jumpers" parmi les meilleures productions Pixar, celles que l'on revoit avec un plaisir intact.
Deux économies, deux visions, une même excellence
Ces deux films, bien que issus d'économies et de contextes de production très différents, partagent une ambition narrative rare. "Allah n'est pas obligé" démontre que le cinéma d'animation français peut aborder des sujets brûlants avec subtilité et puissance, tandis que "Jumpers" prouve que Pixar reste un maître incontesté de la comédie animée à grand spectacle, capable d'intégrer des messages écologiques sans sacrifier le divertissement. Cette double sortie est une célébration de la créativité et de la diversité du cinéma d'animation, qui continue de repousser les limites et d'offrir des expériences cinématographiques uniques et mémorables.



