Pedro Almodóvar à Cannes pour « Autofiction » : « Je ne veux pas passer pour un homme qui se plaint »
À 76 ans, Pedro Almodóvar affiche le teint hâlé d’un jeune homme. Sa récente production, métronomique et foisonnante – cinq films en six ans, dont deux courts-métrages –, laisse entendre qu’il porte beau le costume de vieux sachem encore vert, sûr de son art, calé pour l’éternité sur les rails de sa propre légende. Présenté une fois de plus en compétition officielle au Festival de Cannes, son dernier-né, « Autofiction », piqué d’inquiétude et de noirceur, raconte pourtant le contraire d’un artiste repu de sérénité.
Après les fantômes du passé, les stigmates de la vieillesse et de l’addiction dans « Douleur et Gloire », après le suicide programmé d’une femme cernée par la maladie dans « la Chambre d’à côté », Almodóvar semble envisager le pire pour rester vivace. Il se projette ici dans le destin cabossé d’Elsa (Bárbara Lennie), personnage de pubarde tentant de sortir du formol sa carrière de cinéaste en vampirisant les malheurs de ses proches, comme dans celui de l’auteur qui lui donne vie, Raúl (Leonardo Sbaraglia), ancien réalisateur à succès doublé d’un conteur misanthrope, ne reculant devant aucune compromission pour accoucher du meilleur scénario possible.
Un nouveau jeu de piste et de miroirs, que le maître accepte volontiers de décrypter. « En tant que lecteur assidu, je me suis familiarisé avec cet exercice depuis longtemps, bien avant d’écrire “Autofiction”. Je pense évidemment à “De sang-froid” de Truman Capote, plus largement au “nouveau journalisme” de Tom Wolfe, mais aussi à Marcel Proust, le premier d’entre tous », confie-t-il.
Le film, autoportrait en creux, fait subtilement écho à son sublime « Douleur et Gloire ». Almodóvar y explore les affres de la création et les compromissions d’un artiste vieillissant. Avec Bárbara Lennie et Leonardo Sbaraglia, il livre une œuvre sombre et introspective, confirmant sa maîtrise du récit miroir.



