Agnès Jaoui : « L'objet du délit », mon film le plus drôle sur les rapports homme-femme
Agnès Jaoui : « L'objet du délit », mon film le plus drôle

Agnès Jaoui était au Festival de Cannes, vendredi soir dernier, pour présenter hors compétition son dernier film en tant que réalisatrice et le premier sans le regretté Jean-Pierre Bacri, L'Objet du délit. Une comédie dramatique qui aborde, tout en nuances, l'après MeToo et l'évolution des rapports homme-femme. Nous l'avons rencontrée.

Un film choral sur les relations homme-femme

À la fin de votre film, les interprètes des Noces du Figaro chantent à l'unisson Courons vers l'amour. Et pourtant, vu les relations hommes-femmes, que le chemin semble compliqué pour y parvenir ! (sourire) C'est vrai qu'en ce moment où les cartes sont rebattues, tout le monde reste un peu sur ses gardes. Mais l'amour triomphe à la fin et continuera de triompher, j'en suis persuadée.

Vous interprétez Hanna, une cantatrice dont la position est un peu en équilibre entre un chef d'orchestre (Daniel Auteuil) qui estime que lorsqu' « une femme disait non autrefois, il fallait insister jusqu'à ce qu'elle dise oui » et une féministe pure et dure (Eye Haïdera) qui voit le mâle (et le mal) dominant partout... J'essaie toujours d'être un peu dans tous mes personnages. Mais c'est vrai qu'une certaine radicalité sur le sujet m'inquiète parfois. En même temps, je comprends aussi la fureur de toutes ces femmes qui ont été agressées, donc la position à adopter n'est vraiment pas facile.

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La passion de l'opéra et de la musique

Dans une autre vie, vous auriez aimé être cantatrice ? Je chante, j'ai un peu essayé, mais je me suis vite rendu compte que c'était compliqué car c'est trop un sacerdoce, auquel il faut entièrement se consacrer, alors que j'aime beaucoup mes métiers plus classiques dans le cinéma.

L'esprit de troupe, c'est aussi ce qui vous a fait opter pour un opéra ? C'est une petite société en soi, une troupe. Je suis également passionnée d'opéra car je trouve ses chanteurs et chanteuses extraordinaires. Et puis un opéra est assez paritaire, car dans sa distribution il y a autant de ténors que de sopranos ou mezzos, et beaucoup portent le nom d'une héroïne.

Un hommage à Jean-Pierre Bacri

Vous dédicacez « L'objet du délit » à Jean-Pierre Bacri… Est-ce que c'est la musique qui vous a aidé à écrire ce premier film sans sa collaboration ? Ah, c'est bien possible, je n'y avais pas réfléchi. C'est sûr que sans lui, j'ai pu aussi m'aventurer dans des domaines qu'il n'aimait pas forcément, j'ai profité de cette liberté car c'est vrai que la musique est une grande amie.

Ceci dit, malgré les thématiques portées, ça reste une comédie, bien dans l'esprit des films Jaoui-Bacri... Il y avait sans doute cette envie enfouie, mais c'est arrivé malgré moi. Sans Jean-Pierre, je pensais justement que je ne ferais pas quelque chose de drôle alors qu'en fait, c'est peut-être mon film le plus drôle. C'est peut-être l'esprit Bacri, je ne sais pas, c'est très bizarre.

Le Festival de Cannes, un rendez-vous affectif

« L'objet du délit » a été présenté au Festival de Cannes, c'est toujours un événement ? Oui, parce qu'il y a votre équipe qui est folle de bonheur, que le film est vu pour la première fois et qu'on est tous ensemble à fêter ça. Habituellement, le cinéma c'est toujours un peu dur, par rapport au théâtre ou à l'opéra parce qu'on a fait un film ensemble, on a vécu des choses folles pendant trois mois, et après on ne se voit plus, chacun retourne à sa vie. C'est hyperfrustrant humainement, c'est même douloureux, alors qu'à Cannes, on revit quelque chose.

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Cannes, où vous aviez reçu tous deux un prix du scénario pour Comme une image. Vous avez également été membre du jury présidé par Pedro Almodóvar en 2017. De quoi entretenir un rapport affectif avec le Festival ? Oui, j'ai fini par avoir ce rapport-là. Au début, j'étais une jeune actrice qui voyait un club de super beaux, super riches, super bien habillés, dont je ne faisais pas partie, donc on regarde ça, avec admiration et un peu de frustration. Et puis bon, il y a le côté bling-bling, tout ça, machin… Mais j'ai été invitée dès mon deuxième film, je n'ai pas à me plaindre, et on se rend compte que c'est aussi un endroit de cinéma, avec des gens passionnés, qui nous procure des émotions. Jeune fille, je me souviens d'avoir vu Carmen toute seule, et d'avoir été émerveillée.

Un tournage en famille

Votre « première fois » de tournage avec Daniel Auteuil et Jacques Weber, c'était comment ? On a eu cette impression mutuelle, d'avoir déjà vécu ensemble des années, puisqu'on s'est côtoyés par films interposés, donc c'était très étrange, cette familiarité sans se connaître. En jouant avec l'un et l'autre, j'ai eu l'impression qu'on faisait partie de la même famille.

La preuve qu'il y a encore des mecs bien ? Ah mais oui, il y en a plein, mon Dieu, j'aime les hommes, vous le savez. Bien sûr, il y a quand même une remise en question de plein de choses, mais ça ne concerne absolument pas tous les hommes. « L'objet du délit », pour moi, ce n'est pas le masculin.

Notre avis sur le film

Et si Agnès Jaoui mettait finalement tout le monde d'accord avec L'objet du délit ? Car s'il s'agit, dans cette histoire, d'une accusation de type MeToo qui met en péril le spectacle d'une troupe d'opéra, la cinéaste brocarde aussi bien les mâles alpha de la vieille génération, engluée dans des attitudes avilissantes vis-à-vis des femmes, que les passionarias de la cause qui s'érigent en guillotine sans aucun discernement. Voilà pour ce thème, qu'elle traite avec une ironie tendre ou beaucoup plus mordante selon les cas. Mais avec les couacs rencontrés par sa troupe d'opéra pour monter Les Noces de Figaro, elle pose toujours son regard acéré sur les rapports humains en général. Un film choral, mais aussi une comédie bien dans l'esprit Jaoui-Bacri, dont le casting et la musique nous entraînent bien davantage vers la joie et l'espoir d'une réconciliation des genres : Courons vers l'amour !

D'Agnès Jaoui (France). 2h13. Comédie dramatique. Avec Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Eye Haïdara… Notre avis : 3/5.