De la délinquance à l'art : le parcours de Berthet
Après des années de délinquance et une incarcération pour le braquage d'une bijouterie, Berthet, aujourd'hui âgé de 49 ans, vit de son art comme auteur de bande dessinée et street artiste. Retour sur un parcours hors du commun.
Quatrième enfant d'une fratrie de sept, Berthet a grandi dans la cité des 4000 à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Rien ne le prédestinait à la criminalité : « J'avais une famille heureuse, des parents présents, des facilités à l'école », se souvient-il. Passionné de dessin depuis l'enfance, il apprend en regardant Cabu à la télévision et se tourne rapidement vers le graffiti, influencé par le mouvement hip-hop. « Je ne sais ni danser ni rapper, mais je sais dessiner », confie-t-il. Adolescent, il se fait un nom localement, réalise des fresques pour la mairie et intègre un crew de jeunes franciliens.
L'attrait de l'argent facile
À l'aube de sa majorité, Berthet est tenté par l'argent facile. « On faisait des fresques un peu partout en région parisienne mais on ne gagnait pas un rond. À côté, des gars de mon quartier gagnaient de l'argent en faisant des bêtises... Je me suis dit que l'art ne servait à rien », raconte-t-il. Il commence par des vols de vélos, puis des délits plus graves. À 18 ans, il est condamné à un mois de prison ferme pour vol de voiture. Cette peine, censée le dissuader, devient « l'école du crime ». À Fresnes, il rencontre des détenus plus âgés qui l'incitent à commettre des infractions plus importantes.
Le braquage et le déclic
Plus de dix ans plus tard, à 29 ans, Berthet est condamné à 10 ans de prison pour avoir participé au braquage d'une bijouterie. Cette fois, l'état d'esprit est différent. Déjà père d'une petite fille, il apprend que sa compagne est enceinte. « Ça m'a mis une claque. Je me suis dit : quand je sortirai, je dois être un exemple pour mes enfants », explique-t-il. Le décès de sa grand-mère, qu'il ne peut pas enterrer, est un second électrochoc.
Ces événements le poussent à reprendre ses études en prison. Il obtient un bac littéraire, qu'il avait raté à 18 ans, puis un BTS en communication, dans l'espoir de travailler dans la publicité. Parallèlement, il se remet à dessiner. Un surveillant, fan de bande dessinée, remarque son talent et l'encourage à intégrer l'atelier dessin de la prison. L'intervenant le pousse à participer à des concours, notamment Transmurailles, en marge du festival d'Angoulême, dont il est lauréat en 2009.
La renaissance artistique
Berthet obtient une libération conditionnelle après cinq ans. Peu après sa sortie, il expose dans une galerie de la rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. « Le jour de l'exposition, j'ai vu des gens de banlieue et des beaux quartiers se côtoyer, se parler. Mon art peut rassembler », se souvient-il avec fierté. Il travaille comme surveillant dans un collège tout en dessinant chaque semaine pour le journal d'Aubervilliers. Un an après sa libération, il publie sa première bande dessinée, « L'Évasion », sous le nom d'artiste Bertet One, qui raconte son expérience carcérale. « Pour moi, c'est un outil social pour faire comprendre ce qu'est vraiment la prison », affirme-t-il.
Son travail est remarqué par le rappeur Youssoupha, puis par Booba, pour qui il réalise une fresque en 2025 à l'U Arena. Aujourd'hui, Berthet vit de son art. Exposé à la galerie Perahia dans le VIe arrondissement de Paris, il prépare une nouvelle bande dessinée sur la « sapologie », un mouvement africain de passionnés de mode.
La réinsertion par l'art
En 2011, Berthet fonde l'association « Makadam ». Depuis quinze ans, il anime des ateliers en prison et dans des établissements scolaires pour « faire de la réinsertion par l'art » et « amener la culture là où elle est difficile d'accès ». « Si on ne m'avait pas donné envie de dessiner à nouveau en prison, je ne l'aurais pas fait. Je veux montrer aux jeunes que si je l'ai fait, ils peuvent le faire aussi », conclut-il. Son chemin de rédemption continue.



