Le Spectacle de la fin des études : une tente bleue plane sur la nouvelle génération du cirque
Une petite tente bleue plane à six mètres de hauteur sous le chapiteau de La Villette à Paris. Illuminée par une lanterne de camping, cette structure fragile rayonne sur la piste du Spectacle de la fin des études, mis en scène par Halory Goerger pour la 37e promotion du Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne. Cette création marque l'aboutissement de trois années d'études suivies d'une année d'insertion professionnelle, sous la direction de Peggy Donck, première femme à la tête de cette institution prestigieuse.
Un tremplin symbolique pour jeunes artistes
Depuis 1995, ce rendez-vous annuel constitue un moment crucial dans la carrière des étudiants circassiens. Il met en scène une troupe éphémère d'acrobates face à un chorégraphe ou metteur en scène invité, bénéficiant depuis trois décennies du soutien de La Villette, véritable plaque tournante pour la diffusion et la reconnaissance des arts du cirque. À l'affiche depuis le 4 février et jusqu'au 22 février 2025, le spectacle a déjà conquis près de cinq cents spectateurs lors de sa première représentation.
Technique virtuose et humour mordant
Cette pièce se distingue par sa capacité à potentialiser la technique exceptionnelle des quatorze acrobates, âgés de 23 à 28 ans, tout en valorisant leur humour et leur engagement. Les sketches et chansons écrits par Halory Goerger libèrent des critiques sociopolitiques subtiles, ironisant avec bonne humeur sur les conditions de travail de la nouvelle génération d'artistes. Le spectacle joue avec les codes du monde professionnel, présentant un kit du diplômé comprenant notamment un mini-chapiteau pliant du partenaire Quechuo, clin d'œil malicieux aux réalités économiques du secteur.
La tente Quechua : symbole multiple
La fameuse tente Quechua, répertoriée dans la collection du Centre Pompidou et ici rebaptisée Quechuo, devient le symbole central du spectacle. Elle évoque à la fois les abris de fortune visibles dans l'espace public et se métamorphose en accessoire de mode dans un défilé joyeusement bazar. Cette structure modeste colore dans une gamme pop la tendance récup qui imprègne le spectacle, respirant un quotidien sans ostentation mais plein de créativité.
Virtuosité et originalité des numéros
Les numéros présentés révèlent une virtuosité technique exceptionnelle doublée d'une originalité remarquable :
- Lucy Vandevelde et Vladyslav Ryzhykh font voler les sangles parallèles dans un ballet de lanières
- Viola Fossi maîtrise la corde molle avec une souplesse déconcertante
- Anaïs Boyer évolue sur le fil avec une grâce aérienne
- Antonio Armone, Clarisse Baudoin et Luna Lhomme embarquent dans des ellipses sans fin sur la roue Cyr
- Alice Langlois apprivoise le trapèze fixe avec une lenteur ensorcelante
Les interprètes ouvrent de nouvelles perspectives sur leur pratique. Le main-à-main revisité au sol par Mathilde Hardel et Shay Shaul devient un jeu de roulades fascinant avant de se transformer en portés acrobatiques impressionnants. Federica Peirone, experte en équilibres sur les mains, s'invente un nouveau corps en se harnachant de tuyaux extra-longs, tandis que Marc-Félix Fournier dynamite les codes du mât chinois avec humour.
Cohésion collective et regard vers l'avenir
Entre cirque et théâtre, flonflons et piano, le groupe valdingue en se tenant les coudes. La cohésion des quatorze artistes éclate sur la piste et constitue l'une des forces majeures de cette création. Malgré les conclusions parfois pessimistes évoquant ambiance morose et corps meurtris, le spectacle laisse entrevoir un futur électrique à la démesure de cette bande de circassiens déterminés. Après sa présentation à Paris, le spectacle partira en tournée dans plusieurs villes françaises, portant haut les couleurs de cette nouvelle génération d'artistes du cirque.



