Saint-Geniez-d'Olt : tremplin national des prodiges du classique
Saint-Geniez-d'Olt : tremplin des prodiges du classique

Depuis plus de trente ans, le Festival en Vallée d’Olt allie musique de chambre de haut niveau et transmission pédagogique au cœur de l’Aveyron. Portée par des bénévoles passionnés, la 32e édition, du 20 au 31 juillet 2026, réunira 15 professionnels internationaux et près de 90 jeunes talents de l’académie, véritable pépinière sur les rives du Lot.

Quand la ruralité s’empare des arts vivants

Les fruits sont rarement décevants. Sûrement des racines communes d’authenticité et des choses à faire grandir. C’est le cas d’une pépinière de la musique de chambre et du grand répertoire classique, le Festival en vallée d’Olt, qui anime depuis plus de trente ans les rives aveyronnaises du Lot, au mitan de l’été. Sur les contreforts de l’Aubrac, à Saint-Geniez (2 000 habitants), Sainte-Eulalie, Saint-Côme – ajouter à chaque fois "d’Olt", le Lot en version occitane – ou encore à Séverac-le-Château, le rendez-vous affiche son ADN : une programmation ciselée par des musiciens d’envergure internationale – 15 professionnels cette année – et une académie de 85 à 90 jeunes talents, en résidence durant le festival.

"Dans les orchestres de musique de chambre de l’Hexagone, tous mes copains pros sont passés par Saint-Geniez, confie Liselotte Schircke, flûtiste à l’Orchestre de chambre de Paris et régulière du festival aveyronnais. C’est un truc de dingue !"

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Une étape incontournable pour les jeunes musiciens

"Le passage à Saint-Geniez est réputé dans le milieu comme une étape incontournable pour l’accès à une carrière de musicien de haut niveau." À la manœuvre, 23 bénévoles de l’association "Orgues et Musiques à Saint-Geniez-d’Olt", essentiellement des Marmots (1). "Nous avons la volonté de ne pas multiplier les inscriptions à l’Académie, souligne Jean-Paul Duvivier, ex-DGS d’une grande ville du Nord et président de l’association depuis 2014, pour assurer une qualité de l’enseignement et garder une certaine convivialité."

Dans le cloître de Saint-Geniez-d’Olt, une partie des bénévoles qui portent le festival et surtout son académie. Car outre les huit concerts d’un niveau supra régional et de l’aubade aux pensionnaires de l’Ehpad local, les stagiaires, de leur côté, se produisent librement dans les marchés, les rues et les places des villages. Et là, devant ces jeunes musiciens – un tiers de mineurs – en cours de perfectionnement, le résultat n’a rien du bricolage.

"C’est la vocation du festival et de l’académie : assurer l’éclosion des talents de demain, s’enflamme la trésorière Martine Limouzin, journaliste retraitée. Le passage à Saint-Geniez est réputé dans le milieu comme une étape incontournable pour l’accès à une carrière de musicien de haut niveau."

Bach et ses fils pour la 32e édition

Flûtiste soliste à l’orchestre de l’Opéra national de Paris et professeur au conservatoire régional de Boulogne-Billancourt, Céline Nessi est l’historique directrice artistique du festival. À l’occasion du 30e anniversaire, elle avait confié : "Trente ans, ça donne déjà un sentiment d’éternité !" Pour la 32e édition, du 20 au 31 juillet 2026, "la fidélité des musiciens et l’originalité des programmes continue de faire la particularité du festival, souligne-t-elle. Cette année, le lien sera la musique de Jean-Sébastien Bach et de ses fils moins célèbres, à tort, comme Carl Philipp ou Wilhelm Friedemann. D’immenses talents avec leur style bien à eux."

Les élèves donnent également chaque année un concert d’ensembles à Sainte-Eulalie-d’Olt. Toujours complet. Il y a aussi la première partie du grand concert de clôture assurée par la classe Orchestre de l’académie.

Des bénévoles dévoués

"J’ai toujours soutenu le festival dans le cadre professionnel, explique Pascale Leray, jeune retraitée qui fut directrice de l’office de tourisme durant trente ans. Il était impensable pour moi de ne pas continuer !" "J’aime la musique classique, confie la cadette de l’association, Océane Senet, web designer de 23 ans, et je voulais m’impliquer davantage."

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Dans les coulisses financières

Le Festival en vallée d’Olt a totalisé 2 145 entrées payantes l’été dernier, soit une billetterie de 18 848 €. La 32e édition, avec toujours huit concerts, devrait tenir ces objectifs. Du côté des musiciens professionnels (15 concertistes et 2 pianistes accompagnateurs des classes), les cachets représentent un total de 15 500 €. Auquel il faut ajouter quelques frais, notamment la location d’un piano grand queue venu de Toulouse, pour 5 400 €. "Mais rien concernant l’hébergement chez l’habitant des jeunes, précise Jean-Paul Duvivier, ni les services de taxi ou la confection de repas. Les bénévoles font tout !"

Le financement est également assuré par le département (14 000 €), la mairie de Saint-Geniez (7 000 €), du mécénat de privés (5 000 €), quelques recettes publicitaires (3 660 €), la communauté de communes Causses Aubrac (3 000 €), du mécénat d’entreprises (2 600 €), la région (2 000 €) et les autres communes visitées (1 800 €).

Un accueil chaleureux chez l'habitant

"Les jeunes de l’académie que nous accueillons chez nous sont épatants, racontent Jean et Michelle Bouloc. Ils nous demandent si ça ne gêne pas quand ils répètent en boucle… Mais c’est un régal !" Une alchimie que résume la directrice artistique Céline Nessi, soliste de l’orchestre de l’Opéra de Paris : "Des liens d’amitié forts se sont créés entre les musiciens, l’association et le village. Cet endroit fait partie de nos vies."

(1) Une légende du XVe siècle raconte l’aventure de deux orphelins et de leur marmotte apprivoisée qui s’étaient endormis au bord du Lot durant un orage d’été. La rivière monta. L’animal se mit à crier, sauva les enfants qui purent donner l’alerte dans Saint-Geniez. Et donna à ses habitants leur gentilé.