Plongée dans l'univers des gladiateurs modernes
À l'occasion des Rencontres nationales des sports antiques organisées en mai 2023 par le Mediolanum ludus, l'école de gladiature de Saintes, nous avons assisté à un entraînement spectaculaire la semaine précédente. Les indications sont claires, nettes et précises. « Pour ce mouvement-là, je recule ma lance, je le bloque et boum, je l'entaille », explique Aurélien Comte, président du Pentathlon Club de Saintonge, en démontrant un enchaînement avec sa dague.
Chaque mercredi soir, la salle de la Récluse, sur les hauteurs de Saintes, se transforme en terrain d'entraînement pour une discipline ancestrale : la gladiature. Il y a deux mille ans, ces joutes se déroulaient à 4 kilomètres de là, dans l'enceinte de l'amphithéâtre romain. À 19 heures, Aurélien, Laurie, Édouard et Christelle sont déjà à l'œuvre, effectuant un échauffement obligatoire avant de prendre les armes.
Le Mediolanum ludus : une école née en 2019
Le Mediolanum ludus a été créé en 2019 par Brice Lopez, une référence nationale des sports historiques. Un groupe de passionnés s'est pris d'affection pour cette discipline lors des stages proposés par sa compagnie Acta. « J'ai découvert la gladiature à l'occasion des 2 000 ans de l'Arc de Germanicus, à Saintes, en 2019 », raconte Aurélien Comte. Après les festivités, les élèves saintais ont repris le ludus.
Christelle, 51 ans, professeure de lettres classiques et membre du bureau fondateur, fait partie des 12 adhérents. « C'est le côté historique que j'aime », confie-t-elle. L'école est rattachée à la Fédération française de pentathlon moderne. Ce dimanche, elle organise les Rencontres nationales de sports antiques, réunissant une quinzaine d'athlètes de Bretagne, de Paris et de sa région. Les Saintais, quant à eux, œuvreront en coulisses.
Un entraînement rigoureux
Munis de simulateurs de dague en bois, les quatre gladiateurs répètent leurs gammes. « Il y a très peu de gestes à connaître, mais il faut être précis. Pour en apprendre un, il faut l'avoir réalisé plus de 1 000 fois ! » souligne Aurélien. Tout leur entraînement est basé sur les enseignements de Brice Lopez.
Laurie et Christelle revêtent leurs panoplies (armatura) en tant que « provocator ». Il est à noter qu'il existait des gladiatrices dans l'Antiquité, comme Achillia et Amazonia, dont un relief est exposé au British Museum. « Le premier ennemi, c'est l'équipement », sourit Aurélien. Les athlètes portent un casque (galea) d'environ 4 kg, un grand bouclier (scutum) de même poids, une manica (protège-bras droit), une dague métallique et une ceinture pour prévenir l'éventration. Heureusement, personne ne se blesse sérieusement dans ce sport.
Un spectacle avant tout
« C'est avant tout un spectacle, comme au Ier siècle », ajoute Aurélien. « Les gladiateurs sont avant tout partenaires. On combat par école, on combat mieux quand on connaît l'autre. » La mort n'était pas systématique, contrairement aux idées reçues. « Ce n'est pas un combat pour avoir un vainqueur, c'est une compétition entre équipes jugées sur la qualité et la sécurité », précise Aurélien, qui fait office d'arbitre (summa rudis) lors de l'opposition entre Christelle et Laurie. Dix minutes plus tard, elles retrouvent l'air, les joues rougies par l'effort.
Place ensuite à Aurélien en hoplomaque (petit bouclier parma, dague, lance et casque à crête) face à Édouard en mirmillon (grand bouclier, dague et casque). Les deux hommes se donnent à fond, et les coups portés impressionnent les novices. Pour ceux qui souhaitent en voir plus, rendez-vous ce dimanche salle Jean-Jaurès.
Programme des Rencontres antiques
Ce dimanche 7 mai, trois épreuves sont prévues salle Jean-Jaurès (1, rue des Giroflées à Saintes) :
- À partir de 9 h 30 : duel historique antique gaulois (sénocatoï), à l'épée et au bouclier gaulois, en plusieurs manches.
- De 14 à 15 heures : combat de gladiateurs.
- De 15 à 16 heures : athlétisme grec avec course sans armes (hoplitodrome) et saut (lancer de soi-même). Cette épreuve regroupe deux disciplines du pentathlon historique : la course collective sur deux longueurs avec contournement de poteau, et le saut individuel en longueur sans élan, en cinq bonds et avec haltères grecs.



