Les téléphones portables doivent-ils être bannis des salles de spectacle ?
Cette question anime le monde du spectacle depuis plusieurs années, et de nombreux artistes expriment le souhait d'interdire l'utilisation des smartphones pendant leurs représentations. Parmi eux, Artus, qui se produira devant 35 000 personnes à la Défense Arena les 27 et 28 mars, a pris position sur ce sujet épineux.
La position ferme d'Artus contre les téléphones
Sur le plateau de « Quelle époque ! » en décembre 2025, lorsque Hugo Clément a interrogé Artus sur les raisons de cette volonté d'interdiction, l'artiste a répondu avec franchise : « Je trouve ça insupportable […], putain mais tu vas vraiment la re-regarder cette vidéo ? » Mais au-delà de l'aspect perturbateur, Artus pointe un problème plus grave.
L'utilisation des extraits filmés par les spectateurs constitue selon lui la raison la plus problématique. « Si vous prenez une vanne, sortie comme ça à droite à gauche, je suis homophobe, antisémite, raciste, misogyne. Je suis absolument tout ce que vous voulez. Maintenant si vous la mettez dans le contexte de ce que je raconte, ça ne dit pas la même chose. C'est ça qui est un peu effrayant », explique-t-il, soulignant les risques de décontextualisation de son humour.
Le cadre juridique précis régissant l'usage des téléphones
Mais comment les organisateurs peuvent-ils concrètement empêcher les spectateurs de sortir leur téléphone pendant un spectacle ? Vanessa Fitoussi, avocate au barreau de Paris spécialisée en droit du spectacle et des artistes au Cabinet du Marais, apporte des éclaircissements précieux.
S'il n'existe pas de loi générale interdisant l'usage du téléphone portable dans une salle de spectacle, « l'utilisation peut être limitée par le règlement intérieur de la salle ou par les conditions générales de vente du billet. L'achat du billet vaut acceptation du règlement intérieur », précise l'avocate.
Elle rappelle également que « les spectacles sont des œuvres protégées par le Code de la propriété intellectuelle. Toute reproduction ou représentation sans autorisation est interdite (article L122-4 CPI). Filmer ou enregistrer un spectacle constitue une contrefaçon sanctionnée par 3 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende (article L335-2 CPI) ».
Les pouvoirs de l'organisateur face aux contrevenants
L'organisateur dispose ainsi d'un véritable droit de police dans sa salle. « Il peut interdire l'usage du téléphone, demander son extinction, exclure un spectateur ou imposer des dispositifs de type pochettes de sécurité. L'exclusion ne donne pas droit à remboursement si le règlement intérieur n'est pas respecté », détaille Vanessa Fitoussi.
Pour les deux spectacles d'Artus prévus ce week-end à la Défense Arena, l'organisation indique cependant qu'« aucun dispositif particulier n'a été mis en place pour interdire les téléphones portables pendant le spectacle ». La responsabilité revient donc à chaque spectateur d'en faire un usage respectueux, en tenant compte à la fois des souhaits de l'artiste et des conséquences juridiques potentielles.
Cette situation illustre le délicat équilibre entre liberté des spectateurs et protection des artistes, dans un contexte où la technologie permet une diffusion instantanée mais parfois déformée des contenus culturels.



